Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
22/01/2019 n 13:30
SOCIALn Article n°33.1 n 18:04 n 16/10/09 n Editeur : csv
21 octobre 2009
Le regard d'Yves Montoya sur la violence scolaire

21 octobre 2009

Le 14 octobre 2009, à l'initiative de la MAIF, était organisée à Sébazac, près de Rodez, une conférence-débat sur la violence scolaire avec la participation d'Yves Montoya, directeur de recherche à l'universite de Bordeaux II et membre de l'Observatoire International de la Violence Scolaire ainsi que de Elian Gaudi, avocat.

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Au cours de cette intervention Yves Montoya, qui travaille sur ces questions depuis 15 ans au côté d'Eric Debarbieux, a brossé un état des principaux résultats de ces recherches, et pointé quelques pistes pour avancer :



la médiatisation de la violence

On constate :

- d'une part une exagération de la présentation des faits divers les plus graves , qui bien que très rares, sont rapidement montés en épingle par les médias ("la violence fait vendre")

- d'autre part une minimisation de la violence quotidienne dont on ne parle pas mais qui peut malgré tout "pourrir" la vie d'un établissement scolaire.


Est-ce un nouveau phénomène ?

L'histoire de le violence scolaire (ou non) est lié à celle des représentations sociales. La violence d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier, caractérisée par un mode de sociabilisation souvent violent.

Depuis Sénèque jusqu'aux rapports des inspecteurs du XIXème siècle, les plaintes des enseignants contre les injures et la violence des élèves remplissent les archives... La violence a fait partie de la vie courante pendant des siècles. Rappelons-nous du petit Gibus (7 ans) dans "la guerre des boutons" partant avec ses copains "caillasser" la bande voisine...

Le rapport à la violence doit donc être historiquement situé. Jusqu'au milieu du XIXème siècle, 80% des meurtriers étaient acquittés et le domestique qui volait son maître était plus durement sanctionné que l'auteur d'une rixe mortelle !

Le souci de l'enfant a récemment peu à peu dévalorisé la violence par un idéal de "non-violence" (= absence de violence) qui a intégré les modèles éducatifs et la famille.


statistiques officielles et enquêtes de victimation

La quantification de la violence scolaire est récente. Elle l'a été principalement à l'aide du logiciel SIGNA, de 1993 à 2003. (SIGNA a ensuite a été remplacé par le logiciel SIVIS qui présente les mêmes limites).

Cela a permis de faire remonter les faits en temps réel, de manière à pouvoir ajuster à ces phénomènes les politiques publiques. Cela a aussi marqué la fin du "pas de vague" (ne pas en parler) et la prise en compte des victimes ("ce n'est plus une honte").

Ainsi alors qu'en 1993 on a dénombré 6673 faits de violence, on en a dénombre 72057 en 2003 ! La violence s'est-elle à ce point développée ? En fait on constate que ce que l'on mesure varie au fil du temps, et que la fiabilité de ces enquêtes est limitée : on peut sous-déclarer les faits pour ne pas ternir l'image de son établissement comme on peut dramatiser les choses pour espérer plus de moyens... Enfin le "ressenti de la violence" n'est pas le même pour toux ceux qui interviennent dans ce dispositif.

Pour ces raisons, l'observatoire de la violence a développé en parallèle depuis 15 ans des enquêtes de victimation auprès d'un très grand nombre d'élèves afin de mieux décrire l'observation des faits de violence scolaire.

Si les deux procédés se rejoignent un peu pour les violences physiques les plus graves (crimes et délits), ils divergent essentiellement sur les violences les moins graves. Ainsi les vols et injures paraissent sous-estimées par l'enquête SIGNA.

les "incivilités" (terme un peu vague) qu'il faudrait appeler "microvictimisations" sont le plus souvent traitées à l'intérieur des établissements et sous-estimées. Elles doivent être immédiatement repérées pour éviter les phénomène du "carreau cassé" ("broken windows") : si un carreau cassé n'est pas réparé immédiatement, on aura très vite 2 puis 3 carreaux cassés puis toute la fenêtre...

Si ces petits faits ne sont pas régulés collectivement, on va très vite vers de gros problèmes, comme le montre l'Indice de Climat Scolaire (ICS) qui varie énoméméent d'un établissement à l'autre, selon la réponse des adultes à ces faits dans chaque établissement.


Typologie de la violence scolaire

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Typologie de la violence du point de vue des élèves et des adultes


Il est intéressant de comparer le regard des élèves et des adultes de l'établissement sur les violences scolaires.

Les violences verbales (le "traitage"), notamment concernant la mère, peut être un permier pas dans l'escalade vers la bagarre.

Les violences avec armes ne sont pas significatives d'un point de vue statistique : cela ne veut pas dire qu'on ne doive pas y faire attention, mais on voit la portée très limitée que pourraient avoir les "portiques de détection de armes" à l'entrée des établissements.

A noter que pour les adultes, les bagarres concernent les bagarres entre élèves et les injures ont rapport avec leur difficulté à tenir une classe : les professeurs ne se reconnaissent pas dans les élèves qu'ils ont en face d'eux. Les "normes anciennes" ne sont plus partagées par les élèves et les enseignants.

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directions pour l'action

Quelques pistes de travail :

- La formation des enseignants : les enseignants enquêtés 1 an après leur sortie d'IUFM disent avoir été très bien formés à la didactique (art de transmettre les savoirs), mais très peu formés à gérer des groupes-classes et à la discipline. La maîtrise de sa matière ne suffit pas. Un doctorant ne fait pas automatiquement un bon enseignant. D'où les problèmes que pourraient poser la réforme prposant la "mastérisation" des enseignants.

- La gestion des carrières et des mutations : la carrière est souvent conçue comme débutant par un "purgatoire scolaire". Des enseignants parlent de "faire son temps dans un bahut à point" (en ZEP), sans parler du rôle du mariage (ou du PACS) pour accélérer les mutations.

- La formation des chefs d'établissement : les problèmes de manque de temps peuvent faire des chefs d'établissement insuffisament investis dans leur responsabilité pédagogique. Les problèmes de responsabilité invividuelle peuvent prendre trop de place (ex chute d'un panneau de basket provoquant un accident).

- Des établissement à taille humaine : on s'aperçoit aujourd'hui qu'au delà de 600 élèves, les établissement sont difficiles, voire très difficiles, à gérer.

- Partenariat inter-institutionnels et associatif : ils sont à développer. Ils reposent souvent sur la bonne volonté d'une ou quelques personnes et sont donc fragiles.

- La place de la famille à l'école : elle est indispensable.

- Développer des enquêtes de victimisation indépendantes


en conclusion...

Notre rapport à la violence s'est transformé. Les élèves et les adultes ont aujourd'hui une perception différente de la violence.

La "désacralisation " de l'enseignant fait que ce métier évolue : l'enseignant doit être un peu psychologue et animateur s'il veut rendre attractif sa matière.

Mais il n'existe pas de fatalité. Toute stratégie interne doit pour aboutir être basée sur la cohérence de l'équipe éducative. la violence dans l'établissement scolaire doit être gérée ensemble. Seul, on ne peut rien, sans une équipe pluridisciplinaire, on ne peut rien.

Tout le personnel de l'établissement doit être concerné, y compris le personnel de santé scolaire (aujourd'hui complètement sinistré). Derrière un mal de ventre, une infirmière scolaire peut déceler un mal-être et dans un cas d'inceste, l'enfant avait été trouver pour en parler, non l'institutrice ou la directrice, mais la "dame de la cantine"...

Les établissement doivent aussi réfléchir sur le sens de la punition et la justice de celle-ci : qui est puni ? Comment ? Pourquoi ?


Pour aller plus loin :

- Journal international Ecole et violence (en anglais et français)

- Observatoire international de la violence scolaire


Edité par csv, le 20/02/13 à 13:36

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