Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dnouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
22/01/2019 n 12:44
SOCIALn Article n323.1 n 28/10/18 n 07:20 n Editeur : csv
28 octobre 2018
Jean-Pierre Rosencsweig sur les violences scolaires et
lillusion des rponses seulement ractives


"On affichera rapidement des mesures apparemment de remise en ordre destines marquer les esprits en rassurant lopinion, les mdias, lopposition en tout cas ceux qui demandent tre convaincus tout en sachant intimement que les phnomnes sont plus profonds. Et on attendra de nouveaux incidents en souhaitant quils ne se produisent que le plus tard possible. Classique. O est le nouveau monde promis ?"


Les violences scolaires sont nouveau la Une ainsi que les rponse uniquement policires etrpressives, les rponses sociales et ducatives, pourtant galement indispensables, tant ignores. C'est ce qui engendre le scepticisme de Jean-Pierre Rosencsweig, prsident du tribunal pour enfants de Bobigny et auteur de Rendre justice aux enfants sur son blog :

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"Aprs quun lve ait menac dune arme factice son enseignante pour obtenir dtre marqu prsent au cours, le gouvernement Philippe sapprte adopter un nime plan les journalistes spcialiss nous donneront le nombre exact depuis 1980 sur les violences dans linstitution scolaire.

On envisage de recycler de vieilles ides qui existent dj comme de dsigner des policiers de liaison avec les tablissements scolaires ou dautres qui ont un temps prospr avant de disparaitre dans le sable comme celle dinstaller des postes de police dans lenceinte scolaire. N. Sarkozy, ministre de lintrieur tait sur ces bases avec une convention passe avec lEducation nationale des Hauts de Seine et le Dpartement. A minima on propose une protection policire accentue des tablissements avec des patrouilles de police ou de gendarmerie ou des policiers statiques quitte en avoir les moyens dans une priode tendue sur le plan des effectifs. (Voir Billet suivre Un commissariat lcole ? ) On reprend aussi cette ide de dloigner des jeunes travers des tablissements scolaires ddis avec une forte contention. On sait que cette dmarche a rapidement tourn court.

Attendons donc de voir si limagination est revenue au pouvoir !

Il ne sagit pas de nier la ralit, savoir les difficults que nombre de jeunes ont avec lautorit et dj la contrainte de lcole et des cours et les problmes quils posent linstitution scolaire, aux autres lves et aux personnels. De mme peut-on entendre le sentiment rcemment exprim publiquement quont les enseignants que sciemment leur hirarchie minimise, banalise les incidents pour ne pas donner une trop mauvaise image de ltablissement en particulier et de lcole publique en gnral. On a dj connu cette attitude en son temps avec les violences proches des tablissements et les trafics de drogue. Il ne fallait pas faire de vagues pour ne pas dissuader les parents dinscrire leur descendance au risque de les voir rpartir les enfants issus de certains milieux sociaux quand les autres sont rellement pris au pige de la carte scolaire et le niveau de ltablissement en ptir !

De mme lexclusion des jeunes violents souvent avance par les enseignants touche ses limites. Encore plus si les intresss se retrouvent finalement chez eux ou dans la rue quand au contraire un travail devrait tre engag avec eux. On sait que certains dpartements la Seine Saint-Denis notamment ont mis en place une prise en charge des jeunes provisoirement exclus. Il faudrait en faire le bilan et le rendre public.

Il est temps de sinterroger sur les modalits retenues jusquici, notamment coloration rpressives, mais limprovisation qui veut quen moins dune semaine un Plan soit boucl amne douter quon tienne cette dmarche cartsienne .

A quoi correspondent cette violence sous ses diffrentes formes, des insultes aux agressions en passant par les dsobissances, la contestation des enseignants et du cadre solaire, le refus de la scolarisation ? Nombre denfants et de jeunes prsents physiquement lcole sont dj dans un autre univers : celui de la rue. Pourquoi ? Est-ce un chec de lcole ? Et en quoi ? les responsabilits sont-elles partages ? Avec qui ?

Pour les enfants et les jeunes qui se retrouvent au final dans cette attitude, le chemin a t long qui les a conduit cet tat. Il ne se fait pas rebours en quelques clics.
Fondamentalement il me semble que cest bien le rapport aux autres qui est en cause.

Lducation, cest--dire la capacit vivre avec les autres a t rate. Lautorit, quand elle existe, est vcue comme une pression injuste et donc injustifie la maison, lcole, dans la rue. Frquemment elle nexiste pas vritablement la maison et ces enfants sont trs tt dans la toute puissante.

Parfois cest le sens mme de la scolarisation qui est en cause. Faire plaisir aux parents ? Trs vite les enfants ne sont pas dupes. Leurs parents ne savent pas ce quils y font et ne peuvent pas suivre. Ils pensent, en toute bonne foi quil suffit denvoyer leur enfant lcole pour que celle-ci dverse son savoir sur leur progniture laquelle va labsorber telle une ponge avec la cl un meilleur avenir et une situation sociale plus agrable. Or les choses sont bien plus compliques. Scolariser son enfant ce nest pas le conduire lcole, mais sintresser lui et le soutenir dans les apprentissages, pas ncessairement en sachant rsoudre les problmes de robinets, mais en lui marquant de lintrt pour ses efforts et en mettant en uvre ce quil ncessaire pour que lenfant dpasse cette difficult.

Petit petit les jeunes dcrochent de lapprentissage. Lcole peut devenir un lieu o lon est assign, o on excute une peine jusqu 16 ans, o lon va, moindre mal, pour rencontrer les potes, voire mme pour y trafiquer.

Du bel objet le jeune enfant devient sujet de proccupations pour lequel ses parents sont convoqus lcole pour se faire tancer quand souvent ils sont dj dpasss.

Le jeune qui a vite dcroch du suivi des cours (ou de certains cours) sennuie. Dj de ntre ne pas se faire remarquer et valoriser. Il sort vite de la norme commune. Les incidents se multiplient ; certains amnent la rupture et un processus dexclusion quand au contraire il faudrait mettre en place une rponse individualiss pour le rinjecter ensuite dans le circuit normal, quand Il faudrait partir de ses comptences pour le valoriser et dvelopper son estime de lui. Bref prfrer Freinet Ferry. Lcole le fait, mais pas toujours quand il le faudrait. Elle a des excuses. Dj le fait que ce nest pas toujours un jeune qui pose problmes mais parfois un grand nombre.
Exclu, le quartier se charge de relayer lcole avec encore aujourdhui les trafiquants de drogue qui ont besoin de petites mains appeles pour certaines devenir des cadres de lentreprise mafieuse. Une filire professionnelle aves de cadences infernales on travaille dur de midi minuit avec une convention collective, prouve que les jeunes sont capables de srieux a les mafieux eux ne supportent pas les carts. Les mafieux sont dsormais concurrencs par les prdicateurs qui offrent non plus de largent court terre, mais de lespoir et un projet dans lequel sinvestir, ce que somme toute tout un chacun attend de la vie.

La loi de la rue la violence et les postures entre tout simplement dans lunivers scolaire. Les bandes nhsitent pas un pntrer pour rgler leurs comptes et rechercher ceux quils ont dans le collimateur. La loi de la rue avec sa violence pour rgler les conflits infiltre tout simplement lcole. Qui plus est avec ses codes et ses instruments puisque les armes factices ou relles sont prsentes dans lunivers des jeunes. Il en est quasiment tous les tages des tours, pas seulement dans les caves.

Ajoutons linfluence des mdias o la mort est au dtour de toutes les images. Au point o elle apparait virtuelle. Ajoutons le rle les rseaux sociaux qui via leur capacit de diffuser les images filmes par les tlphones portables permettent leurs auteurs dexister en saffichant ou en affichant ce que lon a devant les yeux. Le buzz se fait vite et permet dacqurir une stature sociale (phmre) ou de croire quon existe. Ajoutons quelques rponses et attitudes inapproprie des adultes cole, police, parents et le sentiment dinjustice se dveloppe qui lui-mme nourrit la violence.
La boucle est vite boucle. La rgle civile la loi , la discipline, la morale, etc. vcue comme inadapte et injuste cde devant la loi de la rue et son instrument, la violence.

Gardons cependant lesprit que limmensit des lieux scolaires de France sont apaiss car ils offrent nettement un avenir positif aux enfants et leurs parents. Ne gnralisons pas au risque de draper sur les rponses.

Morale de lhistoire : on affichera rapidement des mesures apparemment de remise en ordre destines marquer les esprits en rassurant lopinion, les mdias, lopposition en tout cas ceux qui demandent tre convaincus tout en sachant intimement que les phnomnes sont plus profonds. Et on attendra de nouveaux incidents en souhaitant quils ne se produisent que le plus tard possible. Classique. O est le nouveau monde promis ?

Il est temps dadopter une srie de mesures de fond qui ont dj t prsentes en vain et argumentes tout aussi en vain. On peut souhaiter dgager les personnes, les faits sont ttus et tout ce qui a t rflchi nest pas idiot.

1) Il convient dj didentifier les adultes responsables notamment au sein des familles reconstitues.

Je rpte que cest une question essentielle et prioritaire de rassurer chacun sur ses responsabilits do rsulte des obligations. En premier on doit rassurer les parents et les enfants. Il faut faire en sorte que pour tous les enfants lautorit parentale, puis celle des adultes qui la relaient, soit respecte parce que vcue comme lgitime parce que positive, et pas seulement parce quinstitue. Ce qui ne veut pas dire que lenfant nait pas le droit dexprimer des opinions, voire dexercer ses droits propres, mais tout enfant de moins de 18 ans est dabord sous protection adulte. Cest mme son droit premier pour slever correctement. Cela veut dire quelle existe au quotidien pour couper court la toute-puissance qui trs vite pallie ses carences.

2) Dans le mme temps il faut que toutes les familles de France puissent accder au plus tt une rponse sociale si elles sont en difficult avant que la situation dgnre. Il faut redonner vie au service social scolaire et au service de promotion scolaire de la sant des enfants. Il ne faut pas laisser se dgrader la PMI. Il faut encore travailler limage de laction sociale vcue plus comme rpressive que comme solidaire. Au regard de cette image ngative on ne vs pas vers les services sociaux comme il se devrait.

On peut dvelopper la police proximit, mais il faut dj maintenir et surtout renforcer les Clubs et Equipes de prvention dont les ducateurs de rue doivent aller la rencontre des enfants en risque de basculement dans tous les lieux o ils se trouvent, dans les caves ou sur le net et les rseaux sociaux. Cest exactement linverse de ce qui se fait aujourdhui.

On peut , on doit multiplier les assistants sociaux de commissariat pour se saisir des situations des primo-dlinquants et des enfants en danger et ensuite mobiliser les services sociaux de proximit contourns ou dfaillants.
On multiplierait les pistes techniques suivre, mais lessentiel est ailleurs. Sans tre grand psychologue on peut affirmer que la violence est larme des faibles et des personnes dpourvues qui nont pas dans leur besace la capacit de dialogue et dj qui sont en difficult, parfois mme en souffrance, peu assures delles-mmes, elle se rassurent dans le rapport de forces.

En difficult pour aborder le problme de la vie qui foisonnent pour tous les jeunes plus que dautres pensent ne pas avoir d(avenir. Ils sont donc prts tout sacrifier, parfois y compris leur vie puisquil se croitent en rien. Ils sont dautant plus dangereux quils sont nihilistes. La menace ne les impressionnera pas puisquelle sinscrit sur le seul terrain quIls pensent maitriser la violence.

Sans tre grand prdicateur on devine lissue du prochain plan Violences scolaires sil se contente dtre dans lordre port par le ministre de lintrieur et celui de la justice appel la rescousse de lEducation nationale. O sont Mme Buzyn, ministre de la sant et des solidarits et lAssemble des Dpartements de France ? En 1983 le plan Anti Et-chaud devenu V.V.V. a t initi par lIntrieur (G. Deferre) et de la justice (R. Badinter), mais trs vite a t pilot par Nicole Questaux et G. Dufoix respectivement aux affaires sociales et la famille.

Ces manques relvent de lerreur politique. Ils expliquent notre scepticisme."






Edit par csv, le 28/10/18 16:23

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