Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
22/01/2019 n 13:36
SOCIALn Article n°323.1 n 28/10/18 n 07:20 n Editeur : csv
28 octobre 2018
Jean-Pierre Rosencsweig sur les violences scolaires et
l’illusion des réponses seulement réactives


"On affichera rapidement des mesures apparemment de remise en ordre destinées à marquer les esprits en rassurant l’opinion, les médias, l’opposition – en tout cas ceux qui demandent à être convaincus – tout en sachant intimement que les phénomènes sont plus profonds. Et on attendra de nouveaux incidents en souhaitant qu’ils ne se produisent que le plus tard possible. Classique. Où est le nouveau monde promis ?"


Les violences scolaires sont à nouveau à la Une ainsi que les réponse uniquement policières etrépressives, les réponses sociales et éducatives, pourtant également indispensables, étant ignorées. C'est ce qui engendre le scepticisme de Jean-Pierre Rosencsweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny et auteur de « Rendre justice aux enfants » sur son blog :

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"Après qu’un élève ait menacé d’une arme factice son enseignante pour obtenir d’être marqué présent au cours, le gouvernement Philippe s’apprête à adopter un n°ième plan – les journalistes spécialisés nous donneront le nombre exact depuis 1980 – sur les violences dans l’institution scolaire.

On envisage de recycler de vieilles idées qui existent déjà comme de désigner des policiers de liaison avec les établissements scolaires ou d’autres qui ont un temps prospéré avant de disparaitre dans le sable comme celle d’installer des postes de police dans l’enceinte scolaire. N. Sarkozy, ministre de l’intérieur était sur ces bases avec une convention passée avec l’Education nationale des Hauts de Seine et le Département. A minima on propose une protection policière accentuée des établissements avec des patrouilles de police ou de gendarmerie ou des policiers statiques … quitte à en avoir les moyens dans une période tendue sur le plan des effectifs. (Voir Billet à suivre » Un commissariat à l’école ? ») On reprend aussi cette idée de d’éloigner des jeunes à travers des établissements scolaires dédiés avec une forte contention. On sait que cette démarche a rapidement tourné court.

Attendons donc de voir si l’imagination est revenue au pouvoir !

Il ne s’agit pas de nier la réalité, à savoir les difficultés que nombre de jeunes ont avec l’autorité et déjà la contrainte de l’école et des cours et les problèmes qu’ils posent à l’institution scolaire, aux autres élèves et aux personnels. De même peut-on entendre le sentiment récemment exprimé publiquement qu’ont les enseignants que sciemment leur hiérarchie minimise, banalise les incidents pour ne pas donner une trop mauvaise image de l’établissement en particulier et de l’école publique en général. On a déjà connu cette attitude en son temps avec les violences proches des établissements et les trafics de drogue. Il ne fallait pas faire de vagues pour ne pas dissuader les parents d’inscrire leur descendance au risque de les voir répartir les enfants issus de certains milieux sociaux quand les autres sont réellement pris au piège de la carte scolaire et le « niveau » de l’établissement en pâtir !

De même l’exclusion des jeunes violents souvent avancée par les enseignants touche ses limites. Encore plus si les intéressés se retrouvent finalement chez eux ou dans la rue quand au contraire un travail devrait être engagé avec eux. On sait que certains départements – la Seine Saint-Denis notamment – ont mis en place une prise en charge des jeunes provisoirement exclus. Il faudrait en faire le bilan et le rendre public.

Il est temps de s’interroger sur les modalités retenues jusqu’ici, notamment à coloration répressives, mais l’improvisation qui veut qu’en moins d’une semaine un Plan soit bouclé amène à douter qu’on tienne cette démarche cartésienne .

A quoi correspondent cette violence sous ses différentes formes, des insultes aux agressions en passant par les désobéissances, la contestation des enseignants et du cadre solaire, le refus de la scolarisation ? Nombre d’enfants et de jeunes présents physiquement à l’école sont déjà dans un autre univers : celui de la rue. Pourquoi ? Est-ce un échec de l’école ? Et en quoi ? les responsabilités sont-elles partagées ? Avec qui ?

Pour les enfants et les jeunes qui se retrouvent au final dans cette attitude, le chemin a été long qui les a conduit à cet état. Il ne se fait pas à rebours en quelques clics.
Fondamentalement il me semble que c’est bien le rapport aux autres qui est en cause.

L’éducation, c’est-à-dire la capacité à vivre avec les autres a été ratée. L’autorité, quand elle existe, est vécue comme une pression injuste et donc injustifiée à la maison, à l’école, dans la rue. Fréquemment elle n’existe pas véritablement à la maison et ces enfants sont très tôt dans la toute puissante.

Parfois c’est le sens même de la scolarisation qui est en cause. Faire plaisir aux parents ? Très vite les enfants ne sont pas dupes. Leurs parents ne savent pas ce qu’ils y font et ne peuvent pas suivre. Ils pensent, en toute bonne foi qu’il suffit d’envoyer leur enfant à l’école pour que celle-ci déverse son savoir sur leur progéniture laquelle va l’absorber telle une éponge avec la clé un meilleur avenir et une situation sociale plus agréable. Or les choses sont bien plus compliquées. Scolariser son enfant ce n’est pas le conduire à l’école, mais s’intéresser à lui et le soutenir dans les apprentissages, pas nécessairement en sachant résoudre les problèmes de robinets, mais en lui marquant de l’intérêt pour ses efforts et en mettant en œuvre ce qu’il nécessaire pour que l’enfant dépasse cette difficulté.

Petit à petit les jeunes décrochent de l’apprentissage. L’école peut devenir un lieu où l’on est assigné, où on exécute une peine jusqu’à 16 ans, où l’on va, moindre mal, pour rencontrer les potes, voire même pour y trafiquer.

Du bel objet le jeune enfant devient sujet de préoccupations pour lequel ses parents sont convoqués à l’école pour se faire tancer quand souvent ils sont déjà dépassés.

Le jeune qui a vite décroché du suivi des cours (ou de certains cours) s’ennuie. Déjà de n’être ne pas se faire remarquer et valoriser. Il sort vite de la norme commune. Les incidents se multiplient ; certains amènent à la rupture et à un processus d’exclusion quand au contraire il faudrait mettre en place une réponse individualisés pour le réinjecter ensuite dans le circuit normal, quand Il faudrait partir de ses compétences pour le valoriser et développer son estime de lui. Bref préférer Freinet à Ferry. L’école le fait, mais pas toujours quand il le faudrait. Elle a des excuses. Déjà le fait que ce n’est pas toujours un jeune qui pose problèmes mais parfois un grand nombre.
Exclu, le quartier se charge de relayer l’école avec encore aujourd’hui les trafiquants de drogue qui ont besoin de petites mains appelées pour certaines à devenir des cadres de l’entreprise mafieuse. Une filière professionnelle aves de cadences infernales – on travaille dur de midi à minuit – avec une convention collective, prouve que les jeunes sont capables de « sérieux » ça l’es mafieux eux ne supportent pas les écarts. Les mafieux sont désormais concurrencés par les prédicateurs qui offrent non plus de l’argent à court terre, mais de l’espoir et un projet dans lequel s’investir, ce que somme toute tout un chacun attend de la vie.

La loi de la rue – la violence et les postures – entre tout simplement dans l’univers scolaire. Les bandes n’hésitent pas à un pénétrer pour régler leurs comptes et rechercher ceux qu’ils ont dans le collimateur. La loi de la rue avec sa violence pour régler les conflits infiltre tout simplement l’école. Qui plus est avec ses codes et ses instruments puisque les armes factices ou réelles sont présentes dans l’univers des jeunes. Il en est quasiment à tous les étages des tours, pas seulement dans les caves.

Ajoutons l’influence des médias où la mort est au détour de toutes les images. Au point où elle apparait virtuelle. Ajoutons le rôle les réseaux sociaux qui via leur capacité de diffuser les images filmées par les téléphones portables permettent à leurs auteurs d’exister en s’affichant ou en affichant ce que l’on a devant les yeux. Le buzz se fait vite et permet d’acquérir une stature sociale (éphémère) ou de croire qu’on existe. Ajoutons quelques réponses et attitudes inappropriée des adultes – école, police, parents – et le sentiment d’injustice se développe qui lui-même nourrit la violence.
La boucle est vite bouclée. La règle civile – la loi , la discipline, la morale, etc. – vécue comme inadaptée et injuste cède devant la loi de la rue et son instrument, la violence.

Gardons cependant à l’esprit que l’immensité des lieux scolaires de France sont apaisés car ils offrent nettement un avenir positif aux enfants et à leurs parents. Ne généralisons pas au risque de déraper sur les réponses.

Morale de l’histoire : on affichera rapidement des mesures apparemment de remise en ordre destinées à marquer les esprits en rassurant l’opinion, les médias, l’opposition – en tout cas ceux qui demandent à être convaincus – tout en sachant intimement que les phénomènes sont plus profonds. Et on attendra de nouveaux incidents en souhaitant qu’ils ne se produisent que le plus tard possible. Classique. Où est le nouveau monde promis ?

Il est temps d’adopter une série de mesures de fond qui ont déjà été présentées en vain et argumentées tout aussi en vain. On peut souhaiter dégager les personnes, les faits sont têtus et tout ce qui a été réfléchi n’est pas idiot.

1) Il convient déjà d’identifier les adultes responsables notamment au sein des familles reconstituées.

Je répète que c’est une question essentielle et prioritaire de rassurer chacun sur ses responsabilités d’où résulte des obligations. En premier on doit rassurer les parents et les enfants. Il faut faire en sorte que pour tous les enfants l’autorité parentale, puis celle des adultes qui la relaient, soit respectée parce que vécue comme légitime parce que positive, et pas seulement parce qu’instituée. Ce qui ne veut pas dire que l’enfant n’ait pas le droit d’exprimer des opinions, voire d’exercer ses droits propres, mais tout enfant de moins de 18 ans est d’abord sous protection adulte. C’est même son droit premier pour s’élever correctement. Cela veut dire qu’elle existe au quotidien pour couper court à la toute-puissance qui très vite pallie ses carences.

2) Dans le même temps il faut que toutes les familles de France puissent accéder au plus tôt à une réponse sociale si elles sont en difficulté avant que la situation dégénère. Il faut redonner vie au service social scolaire et au service de promotion scolaire de la santé des enfants. Il ne faut pas laisser se dégrader la PMI. Il faut encore travailler l’image de l’action sociale vécue plus comme répressive que comme solidaire. Au regard de cette image négative on ne vs pas vers les services sociaux comme il se devrait.

On peut développer la police proximité, mais il faut déjà maintenir et surtout renforcer les Clubs et Equipes de prévention dont les éducateurs de rue doivent aller à la rencontre des enfants en risque de basculement dans tous les lieux où ils se trouvent, dans les caves ou sur le net et les réseaux sociaux. C’est exactement l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui.

On peut , on doit multiplier les assistants sociaux de commissariat pour se saisir des situations des primo-délinquants et des enfants en danger et ensuite mobiliser les services sociaux de proximité contournés ou défaillants.
On multiplierait les pistes techniques à suivre, mais l’essentiel est ailleurs. Sans être grand psychologue on peut affirmer que la violence est l’arme des faibles et des personnes dépourvues qui n’ont pas dans leur besace la capacité de dialogue et déjà qui sont en difficulté, parfois même en souffrance, peu assurées d’elles-mêmes, elle se rassurent dans le rapport de forces.

En difficulté pour aborder le problème de la vie qui foisonnent pour tous les jeunes plus que d’autres pensent ne pas avoir d(‘avenir. Ils sont donc prêts à tout sacrifier, parfois y compris leur vie puisqu’il se croitent en rien. Ils sont d’autant plus dangereux qu’ils sont nihilistes. La menace ne les impressionnera pas puisqu’elle s’inscrit sur le seul terrain qu’Ils pensent maitriser la violence.

Sans être grand prédicateur on devine l’issue du prochain plan Violences scolaires s’il se contente d’être dans l’ordre porté par le ministre de l’intérieur et celui de la justice appelé à la rescousse de l’Education nationale. Où sont Mme Buzyn, ministre de la santé et des solidarités et l’Assemblée des Départements de France ? En 1983 le plan Anti Eté-chaud devenu V.V.V. a été initié par l’Intérieur (G. Deferre) et de la justice (R. Badinter), mais très vite a été piloté par Nicole Questaux et G. Dufoix respectivement aux affaires sociales et à la famille.

Ces manques relèvent de l’erreur politique. Ils expliquent notre scepticisme."






Edité par csv, le 28/10/18 à 16:23

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