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Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
18/08/2018 n 21:37
SOCIALn Article n°318.1 n 12:47 n 19/06/18 n Editeur : csv
19 juin 2018
Violences sexistes à l'école : une oppression viriliste


Le 1 juin 2018, Eric Debarbieux et son équipe de l'Observatoire Européen de la Violence (Arnaud Alessandrin, Johanna Dagorn et Olivia Gaillard) ont publié un rapport très complet et enraciné sur le terrain intitulé "les violences sexistes à l'école : une oppression viriliste".

Il aborde des questions très actuelles telles que le harcèlement ou la violence sexiste, cherche à en comprendre les causes et proposer des remèdes qui mobilisent tous les acteurs éducatifs.

Depuis 2011, la coordination Aveyron pour l'éducation à la non-violence et à la paix dont fait partie le MAN a mené des nombreuses enquêtes dans des collèges en partenariat avec les équipes éducatives et Eric Debarbieux. De ce travail est né le projet et la mallette éducative : "Violence en pièce"


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Dessin : Séverin Millet - le Monde - 1 juin 2018


Aux origines de ce rapport

"Il y a quelques années, écrit Eric Debarbieux, une des nombreuses enquêtes que j’ai menées sur la violence à l’école en interrogeant alors 12 000 écoliers mettait en évidence l’importance du harcèlement subi par une minorité d’élèves en souffrance, chiffrée alors à environ un élève sur dix. Une vraie mobilisation s’était produite, et les premières politiques publiques françaises sur ce sujet avaient suivi les « Assises Nationales contre le harcèlement à l’école », qu’en mars 2011 le ministre de l’éducation nationale de l’époque m’avaient confiées. Nous n’en sommes plus au déni et à l’ignorance où nous étions alors et l’opinion publique, avec les média, s’est largement emparée du sujet. Il va de soi que « l’affaire Weinstein » et le déluge de révélations qu’elle entraîne en libérant la parole et l’écoute des victimes – avec des conséquences concrètes sur les prédateurs et harceleurs sexuels – est aussi venue accentuer cette prise de conscience.

Aucun ministre de l’éducation ne pourrait renoncer à lutter contre le phénomène du harcèlement en milieu scolaire sans y perdre de la crédibilité. La ministre des Droits des femmes, de la Ville, de la Jeunesse et des Sports que fut Najat Vallaud-Belkacem a de son côté beaucoup œuvré pour la reconnaissance d’un phénomène devenu un délit général dans la loi du quatre aout 2014. Pour autant, si les dernières enquêtes de santé publique auprès des adolescents et adolescentes sont plutôt encourageantes en montrant une baisse du phénomène, rien n’est gagné loin de là..."

Résumé : "l’oppression viriliste" et la violence scolaire

"Il va être question dans ce texte de violence en milieu scolaire, et principalement des violences sexistes, des violences qu’y subissent les filles, mais aussi les garçons qui n’entrent pas dans les normes virilistes, machistes. Il y sera question de la manière dont le « refus du féminin » construit l’inégalité entre les sexes, entre les genres". Dans un nouveau rapport de l’Observatoire européen de la violence à l’école, Eric Debarbieux met en évidence "l’oppression viriliste" qui s’exerce à l’école et qui pour lui est à l’origine de toutes les formes de violence scolaire. Dans un entretien, il interroge le rapport au genre à l’école et met en évidence la détresse des homosexuel.le.s et des bons élèves dans le système éducatif. Appuyée sur des statistiques et une enquête auprès de 47 000 élèves, son travail interroge l’Ecole et invite les équipes à agir.

Spécialiste de la violence à l’école, longtemps délégué ministériel à la lutte contre les violences scolaires, sous deux présidents, Eric Debarbieux a montré qu’on peut avoir des politiques continues en éducation et que cela porte des fruits. Sous sa direction on est passé d’une approche policière de la violence scolaire à la découverte du rôle du harcèlement. Il a initié des enquêtes de victimation qui ont secoué l’Ecole au point d’engager un nombre croissant et important d’enseignants et CPE dans son combat.

Mais avec ce rapport et cette enquête, Eric Debarbieux part aux sources de la violence scolaire qu’il situe dans l’idéologie machiste. Les violences sont sexistes et relèvent d ece qu’il appelle "l’oppression viriliste". C’est une certaine représentation de la normalité qui est à l’oeuvre dans les écoles et qui fait des garçons des oppresseurs des filles mais aussi d’autres garçons jugés décalés par rapport à la norme. Ce qu’on reproche aux bons élèves c’est qu’ils se comportent scolairement comme les filles.

Des lieux marquent cette oppression. D’abord la cour de récréation souvent accaparée par les garçons pour des jeux plus ou moins brutaux et non partagés. Ensuite les toilettes, fuies par un tiers des élèves avec tout ce que cela entraine. Dans ces deux espaces la domination des uns sur les autres est marquée sans que cela semble affecter, dans de nombreux endroits, l’Ecole.

Ainsi l’Ecole participe à la construction d’un habitus social qui va organiser la société dans son ensemble. Pour autant, E Debarbieux ne rend pas l’Ecole responsable de tous les maux. "Qu’on ne s’y trompe pas, les violences sexistes ne se construisent pas simplement à l’école, qu’on accuserait ainsi de tous les maux qu’elle n’arriverait pas à contenir. L’école est et reste une chance pour mettre en pratique les valeurs démocratiques que les violences nient. Encore faut-il que cette mission soit véritablement prioritaire".

Il montre aussi des établissements engagés dans le combat contre l’oppression et invite à les rejoindre. Les témoignages qui accompagnent l’enquête ne nous en laissent pas le choix.



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Eric Debarbieux


Extrait du Monde : violences sexistes à l’école : les garçons sont aussi des victimes

"Baisers forcés, voyeurisme, SMS et MMS intimes… Un rapport publié jeudi questionne les violences liées au genre, du primaire jusqu’au lycée.
[...] Comment passe-t-on d’élèves garçons au moins autant exposés aux violences sexistes – si ce n’est plus – que les jeunes filles à des femmes adultes surexposées ? « Quelque chose s’est passé, et pas seulement à l’école », répondent les auteurs, en rappelant que les violences les plus lourdes se jouent « à l’extérieur », dans l’entourage familial notamment. L’école n’en a pas moins contribué à la construction du modèle du « mâle alpha », dominant les filles mais aussi tout mâle ne correspondant pas au « modèle viriliste », dans un « refus du féminin » (et de ce qui est associé au féminin), y compris chez un garçon. Un piège pour les deux sexes.
Cela se joue dans des événements qui peuvent passer pour secondaires mais qui ne le sont pas : les humiliations aux toilettes, le bon élève traité de « pédé »… Des attitudes auxquelles les enseignants sont de plus en plus sensibilisés : une place plus grande octroyée aux garçons dans la cour, une tolérance plus forte en classe quand ils chahutent, des punitions à répétition contribuant à « la fabrique des garçons », pour reprendre le titre de la thèse de ­Sylvie Ayral (PUF, 2011).
Le rapport ne cède pas à l’alarmisme : « Si l’école participe parfois à la construction des violences subies par les femmes (…) elle est aussi un lieu de leur prévention », notent ses auteurs. La formation et la stabilité des équipes en sont deux des conditions."



Interview d'Eric Debarbieux : l'oppression viriliste, un conformisme des genres

Quel rôle joue l'école dans la transmission de l'oppression viriliste ? Quelles pratiques des établissements scolaires l'aident à s'établir ? Comment lutter contre ? Eric Debarbieux explique son concept et va au bout de son analyse. " Combattre le harcèlement scolaire c'est faire de la politique".



un autre interview dans 20 minutes : « Les garçons subissent parfois plus certaines violences que les filles »

- Outre les violences physiques et les insultes, de nombreux élèves disent avoir été regardés dans les toilettes, avoir subi un déshabillage forcé ou un baiser forcé.

- Des agressions commises le plus souvent par des garçons manifestant selon le rapport « une oppression viriliste ».

- Des violences qui n'épargnent pas les garçons jugés non conformes aux stéréotypes virils par leurs pairs


Pour conclure : "c’est d’engagement collectif et individuel dont nous avons besoin"

"Car oui, finalement il est question ici d’humanisme. Il est question de ne pas accepter qu’on puisse ainsi malmener un être humain, garçon ou fille. Il est question de considérer que les valeurs éducatives exigent qu’on prête attention à la souffrance et au mal être. Que les valeurs du prendre soin sont aussi exigeantes que les valeurs savantes. Il est question aussi de penser qu’être doux est une attitude et une valeur qui font grandir l’humain en nous, fille ou garçon ou autre. Alors oui, à la fin de ce rapport parfois austère, redisons-le, c’est d’engagement collectif et individuel dont nous avons besoin, c’est du courage de prôner des valeurs humanistes dans l’accueil de l’autre, de sa parole, de son intégrité physique et psychique en classe comme ailleurs. Cela reste un combat politique pour la non-violence, l’égalité et la solidarité et il concerne les femmes comme les hommes : par les violences sexistes les hommes se privent aussi de leurs possibles. Il se mène avec des victoires provisoires et des régressions, des dévouements et des découragements. Mais si le combat des doux est le combat de Sisyphe poussant sa pierre, il n’en reste pas moins le grand combat humain."

Télécharger le rapport


Edité par csv, le 17/07/18 à 19:56

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