Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
22/01/2019 n 12:59
RELATIONNELn Article n°24.1 n 12:21 n 16/05/10 n Editeur : csv
22 mai 2010
Alice Miller et les racines de la violence

"Quand on éduque un enfant, il apprend à éduquer. Quand on fait la morale à un enfant, il apprend à faire la morale; quand on le met en garde, il apprend à mettre en garde; quand on le gronde, il apprend à gronder, quand on se moque de lui, il apprend à se moquer, quand on l'humilie il apprend à humilier, quand on tue son intériorité, il apprend à tuer. Il n'a alors plus qu'à choisir qui tuer : lui-même, les autres, ou les deux"
Alice Miller - C'est pour ton bien

Décédée le 23 avril 2010, la psychothérapeute suisse Alice Miller a travaillé toute sa vie sur la question des abus et maltraitances sur les enfants. Pour elle, c'est là que l'on trouve les véritables racines de la violence humaine.

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Alice Miller (1923-2010)


Vous trouverez ci-dessous quelques articles de presse parus au moment de son décès. D'autres textes sont disponibles sur le site de l'OVEO, Observatoire de la Violence Educative Ordinaire. Pour Olivier Maurel, son président, "l’apport de son œuvre à ses lecteurs ainsi qu’à la cause des enfants et de l’humanité est incommensurable" :



Alice Miller

"Tous les bourreaux ont été victimes" : cette phrase seule pourrait résumer son œuvre, tout entière consacrée à combattre la maltraitance des enfants. Pour la psychologue et psychanalyste de nationalité suisse Alice Miller, c'est dans cet abus de pouvoir, exercé dès les premières années de la vie, que se situaient les racines de la violence humaine. Sa mort, annoncée, vendredi 23 avril, par son éditeur allemand Suhrkamp, est survenue, mercredi 14 avril, dans le sud de la France. Elle avait 87 ans.

Née en Pologne, à Lvov (aujourd'hui Lviv, en Ukraine), le 12 janvier 1923, Alice Miller étudie la philosophie, la psychologie et la sociologie à Bâle (Suisse), avant d'entreprendre, à Zurich, une formation de psychanalyste.

A partir de 1954, elle enseigne à l'université de Zurich et exerce en tant que psychothérapeute. Son désaccord avec certaines thèses freudiennes la conduira toutefois, en 1988, à rompre avec l'Association psychanalytique internationale (API) dont elle est membre. A ce stade de sa carrière, elle est en effet convaincue que l'enfant n'est pas un "pervers polymorphe" régi par ses pulsions sexuelles, comme l'affirme la psychanalyse. Et que cette dernière, a contrario, minimise les sentiments de haine que peuvent avoir les parents vis-à- vis de leurs enfants.

Au début des années 1980, Alice Miller décide de se consacrer uniquement à l'écriture et à l'exposé de ses idées, qu'elle développera dans une dizaine de livres. Ce choix la fera connaître dès son premier ouvrage, Le Drame de l'enfant doué (PUF, 1983). Par enfant "doué", elle entend l'enfant sage : celui qui s'adapte aux règles édictées par ses parents pour combler leurs attentes, au prix d'une répression plus ou moins sévère de ses propres sentiments.

S'inspirant des récits de ses patients, ainsi que de biographies de dictateurs et d'artistes, Alice Miller insiste sur le fait que la maltraitance produit non seulement des enfants malheureux, mais aussi, bien souvent, des parents maltraitants. Contraints dans leur jeune âge de refouler colère et angoisse, ce n'est qu'à l'âge adulte qu'ils peuvent décharger ces émotions. Sur leurs propres enfants, voire sur des nations tout entières.

Dans C'est pour ton bien (1984), qui la rend célèbre auprès du grand public, elle secoue ainsi l'opinion allemande en appliquant cette lecture à la trajectoire d'Adolf Hitler. La cruauté du dictateur nazi, affirme-t-elle, trouve son origine dans la structure de sa famille : un prototype du régime totalitaire, où la seule autorité incontestée et souvent brutale était le père. Mais être battu et humilié dans sa jeunesse ne fait pas pour autant de la victime un futur assassin, et les critiques n'ont pas manqué contre ce réductionnisme qui prétend expliquer Hitler, Staline ou Mao Zedong par leur enfance malheureuse.

"PÉDAGOGIE NOIRE"


Plus novatrice dans la pensée d'Alice Miller apparaît, en revanche, sa remise en cause des principes d'éducation appliqués en Europe au cours des derniers siècles. Des principes régis par le précepte "Qui aime bien châtie bien", qu'elle qualifie de "pédagogie noire", et qui brisent, selon elle, la volonté de l'enfant pour en faire un être docile et obéissant, mais sujet d'un douloureux conflit intérieur.

Prenant son propre cas en exemple, elle estimait avoir été "conçue sans amour par deux enfants sages qui devaient obéissance à leurs parents et souhaitaient engendrer un garçon, afin de donner un petit-fils aux grands-pères" (Notre corps ne ment jamais, 2004).

Alice Miller a été beaucoup soutenue par de grandes organisations internationales, l'Unesco et l'Unicef. Son engagement radical contre les violences "ordinaires" faites aux enfants est aujourd'hui relayé par nombre de thérapeutes et d'associations. C'est aussi l'attitude du Conseil de l'Europe, qui mène campagne, depuis plusieurs années, pour l'interdiction de la claque et de la fessée."

12 janvier 1923 : Naissance à Lvov, alors en Pologne.

1954 : Enseigne à l'université de Zurich.

1984 : Parution de "C'est pour ton bien".

14 avril 2010 : Mort à Saint-Rémy- de-Provence (Bouches-du-Rhône).

Catherine Vincent
Le Monde - 30 avril 2010



Alice Miller "a levé le voile sur un immense gâchis"

"Alice Miller, chercheuse en psychologie de l’enfant, vient de décéder à l’âge de 87 ans. Docteur en philosophie et psychologie (université de Zürich 1953), elle a pratiqué la psychanalyse pendant 20 ans puis s’en est détournée pour désaccord avec les thèses fondatrices.

Il y a à peine deux mois, elle répondait encore sur son site aux nombreuses lettres que des lecteurs lui envoyaient, souvent pour la remercier de son travail inestimable et pour lui demander conseil. Ses treize livres (C’est pour ton bien, L’Enfant sous terreur, La Connaissance interdite, Notre corps ne ment jamais…) ont été traduits en trente langues. Pourtant, en France, elle est peu connue du grand public. A l’écart des courants à la mode, elle a courageusement maintenu le cap vers la recherche de la vérité sur l’enfance.

Alice Miller a levé le voile sur l’énorme gâchis que l’humanité perpétue depuis des millénaires en sacrifiant ses plus petits à des principes éducatifs aberrants. Avant que les découvertes en neurosciences ne viennent confirmer la pertinence de ses travaux, elle a compris quels dégâts psychiques et physiologiques peuvent provoquer des comportements inadéquats s’appuyant sur ces principes. Les humiliations, les réprimandes, les coups, même « légers », les négligences, le non-respect de l’enfant et de ses besoins fondamentaux (tendresse, protection, prise au sérieux de ses émotions…) ont des conséquences graves sur son développement cérébral.

La cécité émotionnelle, concept millérien très important, est due au refoulement précoce de nos peurs, de notre colère, de notre désespoir. Elle nous rend incapables, une fois adultes, de sentir ce que nos enfants éprouvent quand nous ne les traitons pas bien. L’idéalisation de nos parents nous empêche de voir que nous étions les victimes de leurs humeurs, de leurs attitudes méprisantes, de leur violence. Nous avons cru que nous méritions leur mépris et, les imitant, nous nous sommes méprisés nous-mêmes.

La violence n’est pas dans les gènes, l’enfant qui arrive au monde est totalement innocent. Son cerveau n’en est qu’au dixième de son développement. C’est donc un petit être extrêmement fragile que nous accueillons. Il nous revient à nous, adultes, de l’aider à grandir avec toute la chaleur humaine dont il a essentiellement besoin.

Espérons que notre siècle entendra le message d’espoir qu’Alice Miller nous a transmis et sera capable d’effectuer le changement indispensable dans notre regard sur le petit humain."





La fessée « c'est pour ton bien» mon enfant! »

"C'est au moment où le Conseil de l’Europe débat à Strasbourg le 27 avril, sur l'abolition des «châtiments corporels» dans les 47 pays qui le composent, que la disparition d'Alice Miller est annoncée (décédée le 14 avril 2010, son éditeur allemand l'a communiquée le 23). Psychothérapeute suisse, née en 1923 à Lvov (alors en Pologne), Alice Miller y a consacré ses travaux et depuis plus de vingt ans qu'elle nous alerte sur les «racines de la violence dans l'éducation de l'enfant».

Son livre "C'est pour ton bien", paru en France en 1984 (éditions Aubier), a beaucoup contribué à une prise de conscience des professionnels et des parents sur les conséquences néfastes des fessées ou des gifles sur le développement de l'enfant. Un enfant maltraité n'est pas forcement un adulte maltraitant mais, «tous les bourreaux ont été victimes de mauvais traitements».

Les récits de ses patients lui ont permis de développer sa réflexion considérant que beaucoup d'enfants ayant été battus dans les premières années de leur vie, reproduisent cet apprentissage qui a laissé trace dans leur évolution. Alice Miller a aussi étudié un certain nombre de biographies de dictateurs, notamment celle de Hitler, soulignant le mépris et les humiliations que son père lui a fait vivre pendant toute son enfance.

La singularité d'Alice Miller réside dans le fait qu'elle s'engage au delà d'un argumentaire clinique pour nous inciter à la prise de conscience que les humiliations vécues par un enfant laissent une trace durable dans sa croissance, qu'il risque de transmettre à la génération suivante. Et pour l'auteur, il ne s'agit pas que d'un problème individuel (familial) mais d'un comportement qui concerne aussi bien la vie sociale que politique.

D'où son engagement «militant», qui ressort de l'extrait d'un «tract» qu'elle a signé et diffusé en mai 2003 :


(...) Quelles leçons le bébé retient-il des fessées et autres coups?

Que l'enfant ne mérite pas le respect.

Que l'on peut apprendre le bien au moyen d'une punition (ce qui est faux, en réalité, les punitions n'apprenent à l'enfant qu'à vouloir lui-même punir).

(...) C'est le corps qui garde en mémoire toutes les traces nocives des supposées "bonnes fessées".

Comment se libère-t-on de la colère refoulée?

Dans l'enfance et l'adolescence:

On se moque des plus faibles. On frappe ses copains et copines. On humilie les filles. On agresse les enseignants.

On vit les émotions interdites devant la télé ou les jeux vidéo en s'identifiant aux héros violents.

A l'âge adulte :

On perpétue soi-même la fessée, apparemment comme un moyen éducatif efficace, sans se rendre compte qu'en vérité on se venge de sa propre souffrance sur la prochaine génération.

On refuse (ou on n'est pas capable) de comprendre les relaions entre la violence subie jadis et celle répétée activement aujourd'hui. On entretient ainsi l'ignorance de la société.

On s'engage dans les activités qui exigent de la violence.

On se laisse influencer facilement par les discours des politiciens qui désignent des boucs émissaires à la violence qu'on a emmagasinée et dont on peut se débarrasser enfin sans être puni: races "impures", ethnies à "nettoyer", minorités sociales méprisées.



Je retiens de sa démarche un grand respect pour le parcours de chacun et la recherche de compréhension de ce qui a fait qu'on devient «violent» avec son enfant. Ceci n'enlève rien à la responsabilité mais permet de la situer, de l'analyser et d'envisager des réponses pour la traiter.

Est-il nécessaire de légiférer ? C'est à l'ordre du jour (et cela concernerait bien plus de personnes que «le visage dissimulé»...), mais il paraît que l'urgence c'est la prise de conscience des conséquences que les gestes et paroles des adultes, des parents, des éducateurs ont sur les enfants.

On frappe quand les mots ne suffisent plus. On humilie quand on a le pouvoir, qu'on veut l'affirmer et qu'on se plaît à disqualifier l'autre. C'est vrai dans la relation à un enfant mais également dans certaines relations adultes du quotidien.

Cette prise en conscience concerne bien tous les citoyens, bien au-delà de la fessée familiale dite éducative. Les textes et la pratique clinique d'Alice Miller ce sont des références indispensables à la réflexion et au changement d'attitude et de mentalité."




Pour mieux connaître Alice Miller, voir son site
Edité par csv, le 19/05/10 à 18:40

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