Conflits Sans Violence

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Conférence de l'historien Rémy Cazals le 2 octobre à Sébazac sur le thème : "1914 - 1918 : le désespoir des pacifistes"
30/09/2014 n 17:48
RELATIONNELn Article n°16.1 n 13:09 n 25/01/10 n Editeur : csv
27 janvier 2010
Cherifa Bouatta : violence de la mère, violence de
l'enfant ?



Cherifa Bouatta, professeure de psychologie à l'université d'Alger, est intervenue en octobre 2009 au colloque "aux sources de la violence chez l'enfant et l'adolescent" organisé par la Fédération Française ds psychologues sur le thème "Violence de la mère, violence de l'enfant ?"

Avec la SARP (Société Algérienne de Recherche en Psychologie), elle a organisé des consultations psychologiques dans les régions où les assassinats terroristes ont été le plus violent dans les année 90. A partir de l'exemple d'un cas révélateur, elle relie la violence du terrorisme avec celle de la mère qui y a survécu et celle de la mère avec celle de l'enfant...


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Sidi Moussa (Algérie), avril 2002 : Madame A vient demander de l'aide pour son fils Samir, 7 ans. Il est en échec scolaire, n'écoute pas, frappe ses petits camarades. Sa mère dit : "J'ai beau le frapper, il ne change pas". Samir interrogé sur ce point pense que sa mère a dit juste.

En Algérie, frapper ses enfants, éduquer par les coups, fait partie de l'éducation ordinaire, acceptée et reconnue par les adultes.

Mère et fils ont du mal à utiliser le langage, à verbaliser leurs sentiments et émotions. Leur discours est ponctué de longs silences. Madame A est incapable de se rappeller des premiers moments de développement de la vie de son enfant ainsi que de son développement psychomoteur. Par contre, elle déclare qu'elle le frappe très souvent et qu'elle ne sait pas toujours pourquoi. Dans ces moments là, elle a l'impression d'une impulsion irrésistible qui la pousse à agir et qu'elle ne réfléchit pas.

Samir ne sait pas pourquoi il frappe ses petits camarades ; il dit : "ils m'énervent".


Sidi Moussa est la région qui a connu dans les années 90 des massacres collectifs en Algérie. Madame A rapporte qu'elle habite Bentalha. Elle est rescapée d'un massacre collectif qui a eu lieu en septembre 1997 où ont été assassinés son père et son cousin. Elle a tout vu...


Réalité interne et externe

Cette histoire renvoie au poids respectif de la réalité interne et externe dans le fonctionnement mental du sujet. Ce couple mère-enfant n'est pas exceptionnel dans les consultations que nous avons ouvertes en avril 2000. Nous y rencontrons des mères avec des enfants excités, énervés, refusant l'école et généralement éjectés du système scolaire et sévèrement battus dans le cadre familial.

La réalité externe ici c'est un climat de terreur et environ 400 personnes assassinées sous les yeux de leurs parents et voisins, tous civils sans défense. Ce régime de terreur durait depuis 1990 : il était interdit de parler, d'avoir un point de vue opposé aux terorristes, parfois d'aller à l'école, de se rendre à l'enterrement d'un voisin assassiné. La menace de mort planait sur tous... D'où la sensation de détresse extrême de Madame A, de son fils, de sa famille, de leur voisinnage. D'où la perte de confiance en soi et en les autres, la vision d'un avenir confus, cahotique et imprévisible.

Il est vrai qu'une personne peut se présenter seule devant un psychologue, mais dans ce cas, la référence à la seule singularité du sujet paraît réductrice. Dans de telles situations de catastrophe sociale, de traumatisme, ce qui s'est passé à l'extérieur a trouvé des résonnances à l'intérieur.

La catastrophe a affecté autant les garants méta-sociaux que les garants méta-psychiques.

Les garants méta-sociaux, ici les appareils de l'Etat, se sont révélés incapables durant cette période de protéger les citoyens et de faire respecter la loi. Ce malaise ne peut pas ne pas avoir de répercussion dans le psychisme de ceux qui l'ont vécus.

Les garants méta-psychiques sont eux les principes organisateurs de la structuration du psychisme, ils en sont le cadre et l'arrière plan.

Dans certains cas, même les "psys" sont tenus de regarder les aspects sociaux et politiques. Et la personne a beau recourir à l'évitement pour les éloigner, elle n'y arrive pas. Le traumatisme bloque le travail de la pensée d'élaboration, de tranformation, de symbolisation. Beaucoup parlent à cette occasion d'une "autre histoire" qui commence...


La violence maternelle

Si pour Freud, l'amour mère-fille est le seul amour dépourvu d'ambivalence, Winnicot l'estime lui ambigu. Le bébé a besoin d'être protégé ce qui exige un travail de la mère. Le nourrisson immature et dépendant la confronte à elle-même, à ses compétences de mère, à son narcissisme, à l'altérité. Ce complexe de sentiments est naturel et pour une part inconscient. Dans les cas "normaux", c'est la figure de la mère suffisament bonne, capable de se préoccuper de son enfant aux dépens d'autres intérêts qui prévaut.

Ce courant tendre, selon Winnicot, permet à l'enfant de se développer, d'accéder à des compétences psychomotrices, cognitives, affectives et d'aller vers l'indépendance.

Samir criait et pleurait beaucoup à 5 mois et sa mère avait envie de le battre malgré son jeune âge. La rencontre mère-fils était placée dès le début sous le signe de la violence et de l'agressivité.

C'est là que s'origine la violence dans le couple mère-enfant. Cette violence résonne avec la violence qui règne à l'extérieur et qui rend les personnes démunies et impuissantes, livrées à l'effroi et à l'angoisse de mort.

Madame A n'était guère disponible pour son enfant. Le traumatisme avait attaqué le lien maternel, le lien entre les membres de la famille.


Les trois registres du fonctionnement psychique

- l'expression mentale, le plus élaboré des trois : parlet en communiquant le contenu de son activité mentale.

- l'expression comportementale : elle va chercher à combler les lacunes du premier registre, en parlant au travers du comportement.

- l'expression somatisée : parler avec son corps; c'est un registre régressif.

La carence mentale de madame A explique son recours privilégié à l'acte violent.. Elle ne parle pas avec Samir, elle le frappe.

Tous les auteurs qui se sont penchés sur la violence à l'égard des enfants (ou de toute autre personne...) insistent sur le fonctionnement régressif de ces sujets (mécanismes archaïques).

Cette régression concerne les capacité cognitives et affectives. Le passage à l'acte violent tente de réaliser ces deux fonctions. Il vise à soulager la psyché d'une tension insurmontable et inélaborable. Le "mauvais" est rejeté à l'extérieur. Cette voie courte "court-circuite" le processus d'élaboration mentale.

Samir révèle l'état psychique de la mère. Il a 7 ans, un âge habituellemen considéré comme une période tranquille, l'"âge de raison". Or il est agrippé à sa mère. L'aggripement est le contraire du lien. Une tentative de fusion enfant-mère, de s'incorporer à l'autre pour ne pas s'en représenter la méchanceté. Il s'associe à l'idée d'être un enfant méchant et méritant les coups.

Et il passe à l'acte et se soulage en battant ses petits camarades...

Les personnes ayant vécu des catastrophes sociales peuvent développer ce type de relation mère-enfant, mais il y a bien sûr une pluralité de réactions possibles.


Et les pères ?

Nous les voyons peu en consultation... Ils sont présentés par les mères comme impuisasants, dépressifs, chômeurs, ne s'intéressant pas aux enfants. Peut-être -c'est une hypothèse - se sentent-ils disqualifiés, détruits par le terrorrisme, mis à mal dans le rôle traditionnel de protecteur de la famille que leur donnait le système patriarcal...


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Voir toutes les vidéos du colloque "Aux sources de la violence chez l'enfant et l'adolescent"




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"La madone de Bentalha", une photo prise lors du massacre qui à l'époque a fait le tour du monde













Edité par csv, le 27/01/10 à 08:53

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