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POUR APPROFONDIRn Article n°41.1 n 13:18 n 08/06/11 n Editeur : csv
13 juin 2011
Résistance ou terrorisme, la part du diable


"La distinction n'est pas immédiatement perceptible"

Dans un article du Nouvel Economiste du 12 au 18 mai 2011, l'historien Jacques Sémelin, enseignant à Science Po, auteur du livre : "Face au totalitarisme, la résistance civile", intervient sur le thème "Résistance et terrorisme" : si chacune a sa propre rationalité, il n'est pas toujours si facile de les distinguer lorsque la résistance utilise des moyens violents au nom de nobles objectifs :

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Résistance ou terrorisme

"Historien spécialiste de l'Histoire politique et militaire et auteur, entre autres, de l'Histoire du terrorisme de l'Antiquité à Al-Qaïda*, Arnaud Blin avance une définition. "Le terrorisme est un moyen mis au service d'une forme de résistance ou encore d'une idéologie, laquelle peut aussi bien être laïque ou religieuse et en cela, se réclamer du marxisme léninisme comme du djihadisme du moment que l'objectif reste d'imposer un modèle universel." Une fin perçue comme tellement grandiose qu'elle justifie tous les moyens. Reste à voir en quoi cette dynamique se différencie, finalement, d'un mouvement de résistance.

Dans l'imaginaire collectif, la distinction coule de source, l'un étant naturellement considéré comme au service du bien et le second, aux ordres du mal. Une segmentation rassurante qui a pourtant ses limites dès lors que l'on renonce aux appréciations d'ordre moral pour considérer les deux systèmes en toute rationalité. Car qu'on le veuille ou non, des points communs existent, ne serait-ce que le passage obligé par la violence. Ce qui explique que la frontière soit parfois ténue et la catégorisation fluctuante - comme ce fut le cas pour nos propres résistants de la Seconde Guerre mondiale, longtemps qualifiés de terroristes par le camp adverse.

Professeur à Sciences-Pô, chercheur au Ceri (Centre de recherches internationales) et historien auteur de Face au totalitarisme, la résistance civile**, Jacques Sémelin identifie trois différences majeures entre les deux logiques : le rapport à la population locale, le choix de la cible et la gestion de la propagande.

Le rapport au peuple

Premier élément de différenciation : le rapport à la population locale et le soutien, contraint ou spontané, que celle-ci apporte à l'organisation en question. "Un mouvement de résistance est l'expression d'une volonté collective qui s'appuie toujours sur une base populaire dont il tire une légitimité", rappelle ainsi l'historien. Contrairement à une organisation terroriste qui, comme dans le cas d'Al-Qaïda, est non seulement minoritaire mais aussi déconnectée des attentes populaires. Raison pour laquelle l'un des objectifs d'une action dite terroriste consistera à susciter une adhésion collective par la contrainte de la terreur. Une volonté de procéder par "ralliement forcé" qui explique que le terrorisme joue principalement sa bataille sur la dimension psychologique, en misant sur le traumatisme de l'attentat passé, et la psychose de celui à venir. C'est pour cela, résume Jacques Sémelin, qu'il "a besoin de spectateurs et en cela s'apparente d'abord à une action de théâtre, alors que, à l'inverse, la résistance est avant tout un mouvement d'opposition collectif qui cherche à créer une pression par le nombre". Insurrection qui peut être de deux types : armée - comme l'a été le FLN en Algérie -ou civile - comme lors du Printemps arabe en Egypte et en Tunisie.

Mais là encore, pas de vérité absolue ni de frontière infranchissable. Comme le souligne Jacques Sémelin : "La résistance, si elle est privée de ce soutien nécessaire de la population, peut se radicaliser afin de contraindre le peuple à se rallier à sa cause." Brouillant ainsi la frontière entre les deux types de mouvement, comme ce fut un temps le cas avec le FLN algérien qui, bien que bénéficiant d'une base populaire, se livra à des actions terroristes.

Le choix de la cible et la gestion de la propagande

Autre différence majeure : la cible. Discriminée pour les uns, aléatoire pour les autres, elle incarne sans doute la différence fondamentale entre les deux types d'action. Ainsi, le but du terrorisme consistant à faire avancer sa cause en suscitant la terreur, celui-ci va frapper au hasard pour optimiser ses effets, alors que la résistance cherchant avant tout à déstabiliser le pouvoir, elle le fera par des actions ciblées. Deux formes de violence aux effets très différents. A commencer par leur impact sur les consciences et, de ce fait, leur répercussion dans les médias.

"Le terrorisme cherchant à susciter un maximum de terreur, il vise des innocents afin d'atteindre les médias et de bénéficier ainsi d'une meilleure caisse de résonance via le vecteur extrêmement porteur de l'émotion", indique Jacques Sémelin qui précise que, si la résistance joue elle aussi la carte de la propagande, elle le fait en actionnant des leviers plus factuels. "Elle joue elle aussi avec les médias mais dans une logique d'action moins psychologique, le but restant de l'emporter par le nombre et non en créant un traumatisme. Si bien que, là où le terroriste pose une bombe et se repose sur l'effet que celle-ci va produire pour faire progresser sa cause, le résistant va livrer des batailles de terrain", résume-t-il.

Le terroriste, c'est toujours l'autre

Autant de subtilités qui rendent parfois la distinction trop fine pour être immédiatement perceptible, le classement d'une action dans l'une ou l'autre des deux catégories dépendant alors non seulement du côté où l'on se place - acteur ou spectateur - mais aussi de la suite des événements.

Car comme le souligne Arnaud Blin, "personne ne se définit jamais comme terroriste". Cette appellation est toujours réservée aux autres, à ceux du camp adverse - raison pour laquelle nombre de pouvoirs - à commencer par celui du colonel Kadhafi - confrontés à une forme de résistance la qualifient de "terroriste" dans une tentative de criminaliser le mouvement et de disqualifier son action. "Car chacun estime agir en résistant contre une force opprimante. Voilà pourquoi la notion est si fluctuante et pourquoi on ne peut s'en tenir à une seule définition technique - à savoir : est terroriste celui qui utilise la terreur comme arme." Seul moyen de trancher selon lui : s'en remettre au jugement de l'Histoire. Ainsi, remarque-t-il, les membres d'Action Directe resteront toujours dans la catégorie "terroristes" alors que ceux du FLN algérien ont déjà rejoint celle des résistants. Car comme le souligne l'historien, d'une manière générale, "l'Histoire justifie toujours les luttes menées au nom d'une libération nationale". Et non d'une utopie meurtrière.
Caroline Castets


Voir l'article complet sur le Nouvel Economiste



*L 'Histoire du terrorisme de l'antiquité à Al-Qaïda " - éditions Boyard
**Face au totalitarisme, la résistance civile - André Versailles éditeur

Edité par csv, le 13/06/11 à 12:33

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