Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
27/04/2017 n 09:12
INTERNATIONALn Article n°121.1 n 14:13 n 05/08/11 n Editeur : csv
6 août 2011 - Norvège
Après les attentats meutriers


« Plus de démocratie, plus d'ouverture et plus d'humanité, mais jamais de naïveté »
Jens Stoltenberg, premier ministre norvégien

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Les deux textes ci-dessous reviennent sur la tuerie du 23 juillet en Norvège. Tout d'abord une réflexion de Normand Beaudet, Membre fondateur du Centre de ressources sur la non-violence du Québec, suivie de l'édito du Monde du 26 juillet sur le même thème.

Ces deux textes soulignent, au pays qui décerne le prix Nobel de la Paix et où l'éducation à la paix et à la non-violence est une des plus avancées dans le Monde, la réaction exemplaire du gouvernement norvégien.

Attentats en Norvège

« Nous sommes un petit pays, mais nous sommes un peuple fier. [...] Nous sommes tous choqués par ces actes répréhensibles [...], mais nous n'abandonnerons jamais nos valeurs. Notre réponse à la violence sera plus de démocratie, plus d'ouverture et plus d'humanité. Mais jamais de naïveté. » — Jens Stoltenberg, premier ministre de Norvège, cathédrale d'Oslo, 24 juillet 2011


Pour qui s'intéresse aux causes de paix et de prévention de la violence, la Norvège fait depuis longtemps figure de modèle. Lorsqu'on cherche une innovation en prévention, inévitablement on jette un coup d'oeil sur ce qui se fait en Suède et en Norvège. C'est un réflexe.

Outre la remise des prix Nobel de la paix, la Norvège et les soldats norvégiens n'avaient rien à envier à la participation canadienne dans les missions multilatérales de maintien de la paix des Nations unies. Considéré comme l'un des pays les plus généreux de la planète quant à l'aide au développement et au soutien à son peuple, les citoyens sont présents partout où se retrouvent la misère et la détresse humaine. Grâce aux impressionnants travaux du chercheur Johan Galtung, le pays est à l'origine de l'irénologie, le domaine scientifique émergent de la recherche pour la paix (Peace Research).

Historiquement, le pays n'a pas été perméable aux valeurs de supériorité des races de l'Allemagne nazie. La population norvégienne a activement résisté à la contamination idéologique de son système d'éducation par l'occupant lors de la Seconde Guerre mondiale. La mise en oeuvre de la «solution finale» visant à identifier et exterminer les Juifs d'Europe a été, de l'aveu même des généraux nazis, un échec dans le pays. La population a solidairement porté l'étoile de David, nuisant à l'identification des membres de la communauté juive. Par son histoire, le pays est loin d'offrir un terrain fertile au racisme extrémiste.

Une vocation

Les contributions des Norvégiens à la paix mondiale et à la prévention de la violence ne s'arrêtent pas là. Au moment où la confiance en l'intervention des États pour l'action préventive dans les conflits internationaux est à son plus bas, la Norvège surprend toujours par son soutien à l'action citoyenne. Que l'on parle de l'appui à l'engagement des citoyens dans les pays en conflit par des interpositions pour la paix; du soutien structurel aux initiatives d'accompagnement préventif pour les droits de la personne; de stimulation des investissements des ressources privées et publiques dans le développement des approches de services civils — l'innovation dans l'action semble une véritable vocation.

La Norvège est l'un des rares pays où le service civil se fait dans des conditions équivalentes au service militaire. Grâce à la reconnaissance de l'objection de conscience, le refus de tuer, plus de 2500 jeunes Norvégiens s'engagent en éducation à la prévention de la violence et en coopération internationale comme substitution au service militaire obligatoire. Ce service de substitution est reconnu depuis les années 1920: en cette matière, le pays a véritablement fait figure d'avant-gardisme.

De nombreux jeunes Québécois connaissent Gro Harlem Brundtland, ancienne ministre d'État norvégienne, qui a dirigé la Commission des Nations unies sur le développement durable, dont le nom est à l'origine d'un vaste mouvement environnemental scolaire. Par contre, peu connaissent l'investissement pour la paix de Johan Jorgen Holst, ancien ministre de la Défense et des Affaires extérieures, engagé activement dans les nombreux processus de paix au Moyen-Orient, et auteur d'un petit document visionnaire sur la défense populaire non violente (Civilian-Based Defense in a New Era).

Pionnier

Même en ce qui concerne les initiatives de prévention des violences sociales, le pays fait figure de pionnier. La non-violence et la saine gestion des conflits font partie des assises de l'éducation et les milieux jeunesse sont particulièrement bien outillés en services divers d'accompagnement préventif et de recours à la médiation et à la réparation. Les services communautaires capables de réduire la vulnérabilité et l'isolement social des citoyens sont multiples.

À plusieurs niveaux, les solidarités sociales ne sont pas qu'encouragées, mais soutenues par l'État et les entreprises. Tous y voient une façon d'atténuer les inquiétudes des employés et d'augmenter la productivité. La Norvège semble avoir compris que l'isolement et la peur des personnes sont au coeur des actes de désespoir et de violence, et que la prévention est l'affaire de tous. Le pacifisme ou la prévention des violences sont si poussés qu'on a pratiquement été capable d'abolir le port d'arme pour les policiers.

Ce peuple a démontré qu'il est possible d'atténuer ou de minimiser les conditions propices aux violences dans une société, en mettant de côté l'essentiel des mesures de contrôle et de répression. Les politiques exemplaires de ce pays indiquent que dire efficacement «non» à la violence, peu importe le milieu, nécessite la mise en place de multiples moyens d'appui aux solidarités citoyennes et une impressionnante dose de créativité.

Le carnage de vendredi illustre que la perfection n'est pas de ce monde. La question qui se posera dorénavant me semble la suivante: quelles nouvelles mesures d'innovation nous réservent les Norvégiens? Innoveront-ils maintenant en cyberdétection des propos haineux? Orienteront-ils l'action politique vers le désamorçage des idéologies fondamentalistes religieuses, et dans la prévention des conditions propices aux haines interethniques?

Une fois le choc, l'incompréhension et la tristesse franchis, le peuple norvégien se redressera. Nous pouvons être persuadés de voir ce peuple d'avant-garde, novateur et profondément pacifique se retrousser les manches et passer à l'action.

De notre côté, nous ne pouvons que rêver au jour où nos gouvernements feront preuve d'autant de détermination, de dignité et de sens des responsabilités dans la lutte contre la violence.






Edito du Monde du 26 juillet 2011 :


"Dans le deuil, Oslo veut rester fidèle à ses valeurs"

Pétrole, gaz naturel et solide tradition de solidarité sociale aidant, ce petit pays scandinave aligne les bonnes notes. La Norvège dispose de l'un des produits intérieurs bruts (PIB) les plus élevés au monde ; à l'indice "bien-être" des Nations unies, elle arrive dans les premiers.

Profondément social-démocrate, c'est un pays de dialogue et de lutte contre les inégalités. S'il fallait la classer au titre de la protection de l'environnement, elle serait aussi dans le peloton de tête. Cela fait partie de la fierté nationale norvégienne, à juste titre.

Et c'est dans ce pays modèle, celui qui décerne chaque année le prix Nobel de la paix, qu'a surgi l'un des tueurs de masse les plus abominables de ces dernières années.

Visage veule et arrogant, Anders Behring Breivik, 32 ans, a dit à la police qu'il était bien l'auteur des deux attaques qui, vendredi 22 juillet, ont ensanglanté la Norvège. D'abord l'attentat à la bombe qui a ravagé le centre d'Oslo, en début d'après-midi, et fait sept morts dans le quartier du gouvernement. Ensuite, la tuerie perpétrée non loin de là, sur l'île d'Utoya où était réunie une université d'été des jeunes sociaux-démocrates. Chaque détail révélé par la police et les témoins est venu confirmer la monstruosité du crime commis par Breivik.

L'homme, qui, deux heures durant, tire de sang-froid à l'arme automatique sur des centaines de jeunes gens pacifiques, et en tue plus de 80, cet homme-là concentre ce que l'époque produit de pire. Breivik est un fanatique narcissique. Il dispose avec Internet d'une plate-forme rêvée pour diffuser ses "idées" - un salmigondis islamophobe et raciste.

La pratique intensive des jeux vidéo guerriers a produit chez lui ce que la police appelle une "désensibilisation" à l'acte criminel. Elle brouille les frontières entre le virtuel et le réel, entre les manettes de sa console et la détente de son arme automatique.

Les autorités ne sous-estiment pas la source de terrorisme que représentent l'ultradroite et son cocktail idéologique détonant : haine de l'islam et de l'immigration. Mais, admirablement, le gouvernement de Jens Stoltenberg se refuse à céder. Pas question de se laisser intimider : "Notre marque de fabrique, c'est une société ouverte, c'est cela qui est attaqué aujourd'hui", a dit le premier ministre.

Il n'y aura pas de législation spéciale. On ne cherchera pas à apaiser la douleur du pays en restreignant la démocratie au nom de la sécurité. En musclant le code pénal à des fins politiques conjoncturelles. La Norvège restera un pays de libertés publiques.

Cette attitude fait l'unanimité de la classe dirigeante à Oslo. Elle est le contraire de celle adoptée par l'Amérique au lendemain du 11 septembre 2001 ; le contraire de celle, trop fréquente, sous nos cieux où chaque fait divers sanglant est prétexte à un vain durcissement du code pénal aux dépens des libertés. Dans son malheur, la Norvège reste fidèle à elle-même. Elle s'interroge, mais ne se renie pas. Une leçon pour nos démocraties.

Edité par csv, le 06/08/11 à 07:49

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