Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
24/04/2019 n 06:12
INTERNATIONALn Article n°76.1 n 09:19 n 14/06/10 n Editeur : csv
15 juin 2010
Les medias français et l'agression contre le Mavi
Marmara : l'analyse d'Acrimed


Comment les medias ont-ils rendu compte des évènements violents et tragiques du 31 mai concernant la "Flotille de la liberté" ? Une relecture attentive de la presse permet de situer les choix éditoriaux des uns et de autres, au travers du choix des titres et du vocabulaire, de la sélection des informations, des sources utilisés...

C'est ce que nous propose le site d'Acrimed, spécialisé en relecture critique des médias sous le titre : "Raid sanglant de l’armée israélienne : informations pointues et commentaires ajustés ?"


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Photo : Ouest-France a nettement manqué d'objectivité en titrant sur une "attaque" de "pro-palestinien" et en sous-titrant : "conflits, terrorisme"


"Les médias dominants ne nous avaient pas habitués à une telle débauche d’informations sur les réactions aux actes de guerre de l’armée israélienne et la plupart des éditorialistes à de tels accès de prise de conscience, ne serait-ce que parcellaire. Mais, à bien lire ce qui a été publié sur les sites Internet et sur la presse quotidienne régionale des 31 mai et 1er juin, on découvre, conditionnant d’apparents détails, des prismes déformants, souvent très déformants.

Que s’est-il passé ? Une « interception meurtrière » (Pierre Rousselin, Le Figaro), un « abordage sanglant », (Daniel Ruiz, La Montagne), un « arraisonnement meurtrier » (Didier Pobel, Le Dauphine Libéré), un « drame survenu en pleine mer » (Bertrand Meinnel, Le Courrier Picard). Les éditorialistes du 1er juin cherchent leurs mots, tandis que les journalistes d’information traquent les « faits »..."

Parmi les faits analysés, deux paragraphes abordent la question de la violence :


Où commence la violence ?
« Qui a déclenché les violences ? » « Faut-il incriminer, comme le font les autorités israéliennes, des provocations de la part de certains passagers de la flottille, ou une réaction disproportionnée des unités israéliennes, comme l’affirment les organisateurs du convoi ? », s’interroge, comme la plupart des médias, Le Monde du 1er juin qui expose ainsi les versions en présence « … les membres du mouvement Free Gaza, principal organisateur du convoi, affirment que les soldats ont été les premiers à ouvrir le feu, sans justification. De son côté, Israël accuse les militants d’avoir déclenché les violences en attaquant les soldats, à coups de massue et de couteaux, alors qu’ils étaient hélitreuillés depuis les hélicoptères sur le pont du bateau… »
Soit ! Mais la façon dont certains médias ont traité la question s’apparente au récit d’une bagarre de cour de récréation.

« Qui a commencé » ? La focalisation de l’information sur cette question est lourde de présupposés accablants. Selon cette version, le blocus imposé à Gaza n’est pas la première et la principale violence. Un acte de piraterie, puisqu’il s’est déroulé dans les eaux internationales, ne relèverait pas de la violence. L’intervention armée de commandos de l’armée israélienne ne serait pas, par elle-même, un acte de violence. La menace armée de recourir à la force, avant et pendant le débarquement, non plus. La violence ne commencerait qu’avec le recours à des armes et non avec l’attaque proprement dite, ni même avec le parachutage de commandos surarmés sur les navires.… Seule importerait l’origine du premier coup porté ou du premier tir.

Et comme dans la bataille des images, l’armée israélienne dispose d’une vidéo prise par une caméra thermique depuis un hélicoptère, celle-ci est complaisamment diffusée un peu partout. Certes, la présentation de cette vidéo prend généralement quelques précautions d’usage, mais elle entérine la version sélective de la question « qui a commencé ? », quand elle conforte la thèse israélienne en affectant de prendre ses distances, puisqu’elle ne montre que les actes de violence commis par les militants agressés.

Le Point.fr, par exemple, épouse cette version : « Flottille pour Gaza interceptée. Regardez La vidéo de l’armée israélienne pour se défendre », peut-on lire en titre le 31 mai à 17:52 (dans un article modifié le 1er juin à 08:44) : « […] la vidéo ne semble laisser aucun doute sur la violence utilisée par les occupants de la flottille contre les soldats de l’armée de défense israélienne. Prise de plongée, le premier plan montre un soldat israélien débarqué par hélicoptère, attaqué et frappé par les occupants qui le jettent sur le pont inférieur. Sur la seconde scène, on aperçoit un occupant armé d’une longue barre de métal qui frappe l’assaillant. Puis une dizaine de rebelles tenteraient d’immobiliser un soldat de l’armée israélienne. […] »

Or ce que montre la vidéo de l’armée israélienne ne dit rien du début des affrontements proprement dits. Mais surtout une agression armée en pleine mer est un acte de violence et de piraterie et, quel que soit le moment où sont intervenus les actions des militants, ce sont des actes de légitime défense. Mais qu’importe au Point.fr ! Un « soldat débarqué » est « attaqué ». Mais un soldat qui débarque est d’abord un attaquant ! Pourquoi pas « un agresseur de l’armée israélienne est agressé à son tour ? » L’armée israélienne – privée pour une fois du doux nom de « Tsahal » - est désignée comme « l’armée de défense israélienne. » Aux « soldats » sont opposés des « rebelles ».

Autre exemple : Ouest France.fr, le 31 mai, expose les deux versions, mais sous un titre qui tranche d’emblée : « Flottille de Gaza. Les commandos israéliens attaqués à la barre de fer. »
Cette version sélective des « violences » ouvre la voie à une querelle d’interprétation sur les sens de l’action.


Une violence invisible

Quoi qu’il en soit, cette focalisation sélective sur une violence qui n’aurait commencé qu’avec le recours à ses formes visibles non seulement dissimule la violence même d’une action armée dans les eaux internationales, mais cette dissimulation est renforcée par l’omission de la violence… du blocus lui-même.

Rares, très rares sont les articles ou les reportages qui se sont attachés à restituer le contexte général du conflit israélo-palestinien, de le mettre en perspective et d’apporter un éclairage qui ne soit pas focalisé sur les seules préoccupations israéliennes.

Les informations sur les effets du blocus israélien (et égyptien) et, particulièrement les conditions de vie des Gazaouis ont généralement été ignorées ou reléguées au second plan. Parmi les exceptions : un court reportage de France 3 dès le 31 mai et un article de Libération : « Gaza, l’interminable châtiment » de Jean-Pierre Perrin.

Les responsables israéliens ont pu ainsi, sans être vraiment contredits, affirmer qu’il n’y avait pas de « crise humanitaire à Gaza ». Voici par exemple comment l’AFP rapporte leurs propos : "Il n’y a pas de crise humanitaire à Gaza", a affirmé M. Carmon, soulignant que les biens et matériels destinés au territoire doivent emprunter les points de passage autorisés. Le diplomate a rappelé que la bande de Gaza est "occupée par des terroristes qui ont renversé l’Autorité palestinienne lors d’un coup de force violent" et que "des armes y sont continuellement introduites, y compris par mer". Un peu de distance – et de recul – n’aurait pas nui…

Pis : il arrive que « la question du blocus » ne soit soulevée que du point de vue israélien, c’est-à-dire de son efficacité : « La question du blocus se pose [...] ce blocus est totalement inefficace » (iTélé, 1er juin 2010, 19:15).

L’inscription de l’agression de l’armée israélienne dans le passé récent et dans le contexte global de sa politique n’est rappelée qu’au détour de quelques éditoriaux et commentaires. Le bilan de la guerre de Gaza est-il évoqué ? C’est pour relever que le rapport dit Goldstone du nom de son auteur, fruit d’une enquête internationale diligentée par les Nations unies à la suite de l’offensive israélienne de décembre 2008, a été classé sans suite et qu’il en irait sans doute de même d’une enquête sur les circonstances de l’assaut meurtrier : « …Il est plus que probable qu’un récit ne puisse jamais faire l’unanimité des deux camps si on se fie au précédent rapport Goldstone, du nom du juge sud-africain chargé en vain par les Nations unies de faire la lumière sur l’offensive meurtrière de l’armée israélienne sur la bande de Gaza… » (Gille Paris, Le Monde). Soit ! Mais encore ?


Au terme de l'analyse, les auteurs concluent : "Ainsi, par delà la diversité indéniable des informations et des commentaires, leur plus grande pente reste la même : la majorité des médias s’est surtout préoccupée, non du sort des assaillis ou du droit des Palestiniens, mais de l’isolement international du gouvernement israélien. Et plus des conséquences géopolitiques, pour lui-même, de la politique de ce gouvernement que des conditions d’une paix juste et durable au Moyen-Orient"

Lire l'analyse complète sur le site d'Acrimed



L'association Acrimed cherche à remplir les fonctions d’un observatoire des médias. Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante.
Edité par csv, le 15/06/10 à 07:30

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