Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
24/04/2019 n 02:47
INTERNATIONALn Article n°103.1 n 20/02/11 n 14:31 n Editeur : csv
22 février 2011 - Egypte
Leçons d'une révolution non-violente (2)


Lu pour vous sur le site "Waging Nonviolence" (2) :

Le peuple égyptien vient de remporter une grande victoire, célébrée dans le monde entier. Les possibilités qu'elle apporte pour la paix et la démocratie non seulement donnent de l'espoir à une région en proie à des régimes autoritaires et l'intervention occidentale, mais sont la preuve que l'action non-violente est bien vivante dans le monde musulman.

Malheureusement, ce dernier point est souvent ignoré de nos grands médias, dont les experts et les analystes connaissent si mal l'histoire et la dynamique de la non-violence. Aussi ne savent-ils pas comment interpréter ce qu'ils viennent de voir. Pour contrer cette lacune, le site "Waging Nonviolence" (USA) a demandé à un large éventail de penseurs éminents de donner leurs premières réflexions sur ce moment historique, les défis à venir et ce que cela signifie pour l'avenir de l'action non violente (la première partie est ici):

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Quel est selon vous le plus grand défi auquel est confronté l'Egypte ?

Reza Aslan, Enseignant, Université de Riverside (Californie) :

"C'est : comment maintenir la mobilisation et ne pas permmettre aux militaires de ne pas rester trop longtemps au pouvoir"


Jack DuVall, President de l'"International Center for Nonviolent Conflict" :

"Les étapes suivantes pour tout mouvement démocratique qui n'a pas encore consolidé la démocratie sont :

(a) rester organisés et mobilisés afin de maintenir la pression, autant que nécessaire, sur ce qui reste de défenseurs de l'ancien système - en utilisant les diverses tactiques non-violentes - afin de s'assurer que les droits politiques sont appliquées et que le nouvel espace civique qui a été ouvert soit élargi et consolidé

(b) apprendre rapidement ànégocier de façon stratégique avec ceux qui restent de l'ancien régime afin de déclencher des procédures justes et efficaces et les conditions de révision constitutionnelle et de mise ne place du processus électoral. En ce qui concerne les négociations, les Egyptiens pourrait envisager d'inviter les anciens combattants de Pologne et d'Afrique du Sud à venir et de les conseiller sur les «transitions négociées»".

Mary Joyce, Directrice de "Meta-Activism Project" :

L'Etat égyptien est tout entier marqué par la violence, la corruption et la tyrannie. Il a été géré de cette façon depuis (au moins) 30 ans. Le plus grand défi pour le peuple égyptien est de maintenir l'élan grâce à la transformation de leur société durant les mois et années qui viennent, de "déconstruir" ce système et d'en construire un autre. "

Jamila Raqib, Directrice de L'Institut Albert Einstein :

"Une extrême vigilance est nécessaire pour préserver les acquis réalisés ces derniers temps. Il est donc primordial que des mesures soient prises pour éviter une usurpation du pouvoir politique par des groupes qui pourraient tenter de profiter de la confusion qui a suivi l'effondrement du régime, en vue de fomenter un coup d'Etat et simplement s'installer comme de nouveaux maîtres. Gene Sharp et Bruce Jenkins ont longuement écrit sur ce sujet, quelles mesures particulières les groupes de la société civile et les institutions peuvent prendre pour assurer la défense "anti-coup". Comme je l'ai entendu dire un Egyptien, "Aujourd'hui, nous célébrons, demain le travail commence."

Srdja Popovic, Centre pour l'Action et la statégie non-violente (CANVAS) :

"Le plus gros défi est de maintenir cet élan merveilleux afin de réaliser un véritable changement démocratique, participer à des changements constitutionnels et juridiques qui permettront de parvenir à une démocratie durable et à la primauté du droit. La démission de Moubarak n'a été que la première étape du projet défini par les manifestants courageux : Une Egypte fière avec la liberté de réunion et de presse, des élections justes et un gouvernement responsables et laïque. C'est un long chemin à tracer pour le peuple de l'Egypte et la plus grande victoire est encore à atteindre ".


Tom Hastings, Directeur de "Peace and Nonviolence", Portland State University :

"Dans mon esprit, le défi à court terme pour la société civile éyptienne est de faire la transition complète, de Moubarak vers l'armée et le peuple et de montrer que les Egyptiens peuvent construire un modèle de gouvernement meilleur que les précédents."

Cynthia Boaz, enseignate, Sonoma State University :

"Ma première réaction est de dire que le plus grand défi pour le peuple égyptien en ce moment, c'est de faire face au cynisme des observateurs et des commentateurs qui ne comprennent pas la dynamique de base de l'action non-violente, et donc attribuent cette victoire à des « ententes élaborées en coulisses », « des forces extérieures », ou la présence permanente de l'armée en arrière-plan. Mais la loyauté démontrée par l'armée à la révolution du peuple a tout à voir avec la façon dont le mouvement a agi. Sur la base de ce qui s'est passé jusqu'à présent, il est assez clair que le mouvement a gagné sur les forces de sécurité par une démonstration authentique de pouvoir populaire et de stratégie. Ce processus a été plus long et plus profond que nous avons pu voir à la surface. Cela a été aussi plannifié que cela pouvait l'être. Je ne m'attends pas à ce que l'armée fasse défaut aujourd'hui. Et je pense qu'il est regrettable que tant de commentateurs affirment déjà sur le fait que ce que nous voyons en Egypte est en fait un coup d'Etat militaire. Cette perspective reflète l'adhésion à des conceptions dépassées et à des cadres conceptuels tels que la violence et la puissance. Heureusement, le peuple d'Egypte sait cela mieux que nous".

Mohammed Abu-Nimer, Directeur du Peacebuilding and Development Institute, American University :

"Maintenir les acquis de la révolution. Soutenir l'énergie et la solidarité qui ont été créées à la suite par la puissante campagne de résistance non-violente".

Vanessa Ortiz, - "In Women’s Hands" :

"Je crois qu'il y a trois grands défis pour l'Egypte maintenant, et ils sont reliés entre eux :

1) Maintenir la dynamique "du bas vers le haut" : L'unité et l'enthousiasme manifesté non seulement dans les 18 derniers jours, mais à l'intérieur de la société civile depuis plusieurs années, doivent être soutenus. Même si une courte pause est nécessaire pour relancer l'économie locale et d'obtenir le retour à l'école des enfants et des jeunes, il est important de comprendre la jouissance immédiate et de la transformer en participation civique massive pour les prochaines étapes importantes sur la voie d'un système démocratique. L'Internet est une plate-forme idéale pour maintenir la participation des citoyens. Je suis sûr que de nombreux Égyptiens créatifs et au fait des nouvelles technologies créent déjà des plates-formes de démocratie participative. Les mairies et d'autres instances peuvent être mis en place par de la technologie collective ou privée. Des millions d'Egyptiens sont descendus dans les rues, ont quitté leur emploi, et ont fermé leurs boutiques pour un changement de gouvernement. Il est temps maintenant d'exploiter cette énergie, de compiler ces revendications et de les transformer dans des politiques grâce à un système "bottom-up" qui associe tous les citoyens au processus.

2) assainir et restructurer les principales institutions : un important défi qui sera difficile à relever. Les différentes branches du gouvernement et toutes les institutions qui ont soutenu le régime auront besoin d'une réforme radicale, de restructuration, et peut-être pour certains, d'une complète remise à plat. des intellectuels et des responsables égyptiens de confiance seront un élément clé de cette entreprise. Il serait sage de solliciter l'appui d'organisations internationales et de gouvernements étrangers ayant des compétences dans les domaines du renforcement des institutions, tout en gardant la mainmise sur le processus. les citoyens égyptiens doivent exiger de faire partie du processus de réforme et de reconstruction. Les organisateurs peuvent maintenir l'élan actuel en créant des "chien de garde", des groupes qui vérifient que les gens ont leur mot à dire afin que les décisions et les réformes répondent à leurs besoins.

3) rédaction d'une Constitution : une constitution révisée doit représenter et répondre aux désirs de tous les Egyptiens. Elaborer celle-ci, la voter et examiner de manière approfondie les termes decelle-ci sera quelque chose d'étonnant à suivre, surtout en teanat compte de la diversité religieuse de l'Egypte. J'aimerais voir une constitution égyptienne créé de manière collaborative sur une plateforme de type Wikipedia. les Egyptiens marqueraient vraiment l'Histoire par un tel processus !"


Selon, vous qu'est-ce qui, en premier lieu, a rendu possible cette victoire ?


Reza Aslan, Enseignante, Université de Riverside :

“L'époque Facebook”

Jack DuVall, President de l'"International Center for Nonviolent Conflict" :

"Il n'y a pas un facteur unique qui peut expliquer le succès du mouvement démocratique qui a évincé Moubarak. Comme d'autres victoires utilisant une large résistance civile, celle-ci a eu besoin de :
- un message sur la nécessité d'une action qui a galvanisé l'esprit du public, touché son coeur et a créé un "moment existentiel" pour la la nation,
- une actions dans la lancée d'un événement populaire (Tunisie) et la rage contre un crime du régime (l'assassiner Khaled Said) mobilisant le peuple pour une action spécifique, en utilisant les médias sociaux,
- la sollicitation de la participation très diverse de toutes sortes de groupes de la société,
- la discipline non violente,
- le rôle des militaires et les Relations avec de sympathie avec le peuple, pour aider à désamorcer la répression,
- le maintien de la pression les jours qui ont suivi,
- la diversification des tactiques afin de compliquer pour le Régime la lutte contre la résistance,
- Des actions dans tout le pays, et pas seulement dans la Capitale.

Il y a d'autres facteurs, mais ce sont celles-ci qui me viennent immédiatement à l'esprit ".

Mary Joyce, directrice "Meta-Activism Project" :

"La passion incroyable et la volonté du peuple égyptien de devenir libres, leur refus d'abandonner et leur rejet des tentations de la violence."

Srdja Popovic, Centre pour l'Action et la statégie non-violente (CANVAS) :

«L'unité, la planification et la discipline non violente, ces principes universels de la réussite.

Unité où toutes les organisations ont convenu de retirer leurs symboles individuels (y compris le poing levé du mouvement du 6 avril [mouvement qui, depuis 2008, appelle tous les jours, sur son site Internet, sa page Facebook ou sur son compte Twitter à une mobilisation sans relâche contre le régime du président Hosni Moubarak et dont le rêve était de voir l’Egypte figurer un jour parmi les grandes démocraties].Ils les ont tous remplacés par des drapeaux égyptiens. Sans oublier d'impressionnantes démonstrations d'unité religieuse, des manifestants pro-démocratie chrétiens protégeant leurs collègues musulmans pendant qu'ils priaient, des milliers de musulmans salaunt les chrétiens dans leurs pratiques sur les places : tout cela qui s'est déroulé devant les caméras et a mpressionné le monde.

Une planification de l'élargissement des soutiens, à commencer par la police, qui a été submergée, puis celui des syndicats et des travailleurs, celui des militaires, d'abord neutres puis supporters, le soutien et l'appui de protestations pacifiques internationales et enfin en inspirant à tous beaucoup de courage pour protester.

Une discipline non violente, même si Moubarak a essayé de les pousser vers la violence et le chaos a certainement été une des clés du succès."

Tom Hastings, Directeur de Paix et Non-violence, Université de Portland :

"Cette victoire a été rendue possible par un ensemble de causes nécessaires, d'autres qui ont joué un rôle et elles ont été finalement suffisantes. Il était nécessaire que le peuple de l'Egypte se léve et n'abandonne pas. Il était nécessaire pour eux d'exiger plus que ce le régime pouvait donner.
A joué un rôle le discours historique d'Obama au Caire et les attentes qu'il a suscité. A joué un rôle cette coalition s'appuyant sur des décennies d'opposition, qui savaient qu'ils avaient besoin d'unité pour cette première étape. A joué un rôle que les Egyptiens aient su accueillir l'armée plutôt que de lui lancer des pierres. de la sorte, il a été clair de savoir qui étaient les agresseurs. A joué un rôle la mobilisation des travailleurs et la participation de la société civile masses qui a commencé à se réveiller. A joué un rôle ques les Egyptiens aient de plus en plus a étudié ce qui s'est produit dans d'autres endroits, aux Philippines, dans les États baltes, en Serbie etc. de sorte que les principes de base de la résistance civile non-violente étaient connus, même si tout le monde n'y adhérait pas totalement. Le facteur le plus décisif fut les évènements de Tunisie et ce la restera bioien sûr le point historique majeur".

Cynthia Boaz, enseignante, Université de Sonoma :

« Planifier, planifier et encore planifier. Le Mouvement a réussi à maintenir le peuple de l'Egypte uni et, pour la plupart, dans discipline non-violente , même lorsque la répression était la plus forte. Cela n'aurait pas été possible, sans deux années de préparation discrète. L'autre grand avantage qu'avait le peuple égyptien sur le régime était sa résistance spirituelle, ce que Gandhi nommait "satyagraha" (force de la vérité). Cela a donné de la force et a été contagieux, et c'est ce qui a finalement fait pencher la balance pour la population en abaissant le niveau de crainte, et rendant la menace de la violence "inefficace".

Vanessa Ortiz, Women’s Hands :

«Pour moi, cela se résume en "La sagesse de saisir l'instant". Cela signifie de nombreuses années d'étude et de planification entre les différentes couches de la société - une robe-répétitions et les échecs et non une action spontanée ou une organisation hâtive.

Chacun d'entre nous dans le domaine de la résistance civile est pleinement conscient que les organisateurs égyptiens préparent ce moment depuis de nombreuses années . Il y a eu l'activisme Facebook à grande échelle, et beaucoup de gens ont fait leur part pour dénoncer la corruption et les abus policiers du régime. Ce qui a fait la victoire possible a été la mobilisation faite, à partir de la protestation du 25 janvier, qui a su s'emparer de la victoire tunisienne, et mesurer le mécontentement de la population locale.

Les organisateurs du mouvement du 6 avril, les blogueurs qui avaient publiésur les violations des droits de l'homme, les techniciens internet qui ont travaillé pour la liberté, et une société civile dynamique, y compris les traducteurs et les éducateurs qui connaissaient la théorie non-violente et avaient beaucoup d'expérience, et les gens leur ont fait confiance . Tout cela représente des années d'efforts"

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