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INTERNATIONALn Article n°204.1 n 13:30 n 13/01/14 n Editeur : csv
15 janvier 2014 - Mali - Françafrique
Retour sur l'intervention française au Mali avec
Aminata Traore et Boubakar Diop


Un an après le début de l'intervention militaire française Serval au Mali, Aminata Dramane Traore et Boubacar Boris Diop, écrivains et essayistes, ont proposé dans l'émission "La grande table" de France Culture du 13 janvier 2014, un bilan très critique et une lecture engagée de la situation actuelle.

L'émission avait pour thème : "La Françafrique aujourd'hui". Ils ont exposé leur point de vue par ailleurs relaté dans l'ouvrage dans "La Gloire des imposteurs" (Ed. Philippe Rey).

En une demi-heure, ils nous aident, sur cette intervention militaire comme plus généralement sur la présence française en Afrique, à "secouer le baobab des idées reçues" :


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Aminata Dramane Traore et Boubakar Maurice Diop


Présentation de l'émission :

"Le "succès" de l’opération Serval au Nord-Mali en janvier 2013, quarante-neuvième intervention militaire de la France dans son pré carré africain, a dépassé toutes les attentes. Ses soldats y ont été accueillis en libérateurs tandis que des intellectuels africains de renom, jusque-là peu suspects de complai­sance à l’égard de la Françafrique, se sont bruyamment réjouis de son action, jugée énergique et courageuse.

On peut comprendre ce soulagement, car il était impératif de mettre hors d’état de nuire la coalition des responsables du sanglant chaos malien. Mais la haine envers ces derniers n’a-t-elle pas ramené un conflit complexe à une banale lutte entre le Bien et le Mal ?

C’est à cette question que s’efforcent de répondre Aminata Dramane Traoré et Boubacar Boris Diop dans un échange de lettres stimulant et franc… La Gloire des imposteurs met en évidence une reprise en main néo-impériale de l’Afrique subsaharienne par une violente agression militaire se présentant comme une odyssée morale, généreuse et désintéressée. Mais, un an après, il y a lieu de se demander si, comme l’Amérique de Bush en Irak, la France n’a pas pavoisé un peu tôt au Nord-Mali où elle est en train de s’embourber."

Quelques extraits glanés dans l'émission :

Qui sont les imposteurs ?
Ce sont ceux qui ne reconnaissent pas aux peuples le droit de choisir leur destin, ceux qui se substituent aux peuples souverains tant dans leur choix économiques que dans des interventions militaires dont le coût social et économique est exorbitant.

La guerre au Mali était-elle évitable ?
On nous l'a vendu comme "inéluctable" mais cela ne nous convainc pas, notamment en raison de ses causes structurelles mais on ne nous a pas laissé en débattre.

La Françafrique :
La politique africaine de la France n'est que le prolongement de sa politique intérieure. La France connaît la crise et l'endettement, dans un contexte de grands groupes français mondialisation.

Cette guerre a créé un fort sentiment d'humiliation : ce n’est pas que les revers de notre armée, c’est aussi la diffusion de l’idée que nous serions, après trente ans d'aides publiques au développement, incapables de nous défendre et de garantir la sécurité alors que la population vit dans un état d'insécurité alimentaire et sanitaire permanent en lien avec un "ordre économique" que nous devons questionner.

Le regard des médias
on est abasourdi par le pouvoir de schématisation des médias : il y a le bien et le mal. L'infinie complexité des événements n'est pas prise en compte. Et trois siècle de colonisation et cinquante ans de Françafrique se concluent par les vivats et les acclamations des maliens pour les soldats français accueillis en libérateurs !

Il s'agit en fait de la quarante-neuvième expédition français en Afrique depuis nos "indépendances de façade". L'intervention en Centrafrique sera la cinquantième.

Quelle chance a-t-on donné à ceux qui acclament les Français de comprendre l'état réel de leur pays. Si je n'étais pas sorti de l'analphabétisme, je n'aurais pas compris ce qui s'est passé en Irak et en Afghanistan et les enjeux du pétrole et de l'uranium, dans un monde globalisé, structurellement inégalitaire, qui a besoin de nos richesses.

Une vrais censure
Pendant l'opération Serval, il y eu une vraie censure et les journalistes n'ont pas pu aller sur le terrain, l'information a été verrouillée.

Les maliens sont en majorité analphabètes et se sont contentés de ce qu'on leur a dit. On les a menacés des pires choses si les Djihadistes arrivaient, que toutes les femmes seraient violées...

Une guerre "humanitaire"
D'un côté, sur le problème des migrations, on rejette avec violence ou on laisse couler les Maliens en pleine mer et d'un autre, tels des barbares dont on se protège et d'un autre, on aurait une telle envie d'aller les sauver contre les djihadistes avec lesquels par ailleurs on coopère !

Quel diagnostic ?
La France dans le système mondialisé a aujourd'hui besoin de ses anciennes colonies. Elle les avait laissé tomber mais se rend compte que l'enjeu énergétique et de souveraineté nécessitent une certaine présence de la France qui ne se négocie plus comme avant par la diplomatie.
Sarkhozy a dit qu'il irait chercher bec et ongles la croissance et les grands groupes internationaux dominent les solutions chez vous comme chez nous.

Les "enveloppes financières"
lorsque François Hollande est allé en Arabie saoudite, il y es tallé avec une trentaine de chefs d'entreprises. De même pour reconstruire le mali où on a parlé d'une belle enveloppe de trois milliards d'euros. La France revient en force également en force avec ses entreprises au Sénégal.

Qu'en est-il des groupes djihadiste ?
C'est une réalité que l'on ne doit pas minimiser mais on ne combat pas ce phénomène par les armes mais par des solutions politiques, économiques et sociales. Il appartient aux Africains d'en mesurer l'ampleur et la nature. Il n'y avait aucune chance que les 400 djihadistes atteignent Bamako à 1000 km de chez eux et pour cela on a déployé 5000 militaires.

Le djihadisme n'est pas la question principale. Il y avait plus de ressentiment contre les Touaregs du MNLA qu'envers les Djiadistes. Ces derniers sont revenus au mali et ont débarqué, lourdement équipés en armes, après la guerre en Lybie.

Les suites de la guerre en Lybie
On ne sait pas très bien pourquoi ce Khadafi qui régnait depuis quarante-deux ans, il fallait qu'il parte sous 24 heures. Tout le monde reconnaît aujourd'hui que c'était une grosse bêtise. Sans la guerre en Lybie, on aurait pas eu les problèmes au nord Mali.

Nous ne sommes pas dupes de qui était vraiment ce dictateur mais nous devons nous déprendre de la propagande des médias et garder les yeux ouverts. Ce type était odieux mais il était aussi apprécié.

La France et Khadafi
En 2010, on a déroulé le tapis rouge à Khadafi, l'Europe es tallée lui parler, il a planté en France sa tente et les mêmes disent deux ans plus tard qu'il faut le déloger.
On a dit : "vous allez déstabiliser tout le nord du Sahel".

Derrière le conflit, l'industrie de l'armement
Le sommet de l'Elysée[Sommet de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique des 6 et 7 décembre 2013] avait pour but d'inviter les autres pays à acheter des armes. la veille, un autre débat a eu lieu à Bercy sur les intérêts de la France, avec des discours en ce sens d'Hubert Védrine... [ Forum économique Afrique-France - 4 décembre 2013 - rencontre de 560 chefs d'entreprise français et africains - Hubert Védrine y a déclaré : "L’Afrique subsaharienne peut devenir le nouvel ‘Eldorado’ de la France"]

Des outils pour comprendre
Les choses ne sont pas clairement dites J'aimerais que l'on dise que la France va mal et qu'elle a besoin de nos richesses et qu'elle nous demande : "Que pouvons-nous faire ensemble ?"

Au lieu de donner aux gens des outils pour comprendre, on se moque d'eux en leur disant que c'est un problème de gouvernance et qu'ils n'ont qu'à voter te changer de dirigeants, ce qui évite de leur parler des diamants te de l'uranium...

Une incitation au racisme ?
La France dit qu'elle intervient car elle ne supporte pas la souffrance chez les autres, nous sommes la fille ainée de l'Eglise et le pays des droits de l'homme, on intervient car nous sommes de gens "tellement bien" et que les africains sont immatures politiquement et qu'ils vont s'entretuer jusqu'au dernier.

En disant cela, on entretient les préjugés et encourage le racisme et cela fait le lit de l'extrémisme de droite. C'est dangereux. On ne fait plus d'analyse politique, on nous présente comme des "primaires" et on peint les choses en noir et blanc. on nous dit que si on n'intervient pas, ce sera un bain de sang : c'est cela l'imposture !


Lire aussi les communiqués du MAN :

Intervention militaire française au Mali, osons
quelques questions...
(26 janvier 2013)


La France otage de l’uranium, combustible nucléaire (7 novembre 2013)

et le texte de Jean-Marie Muller :


La France devait-elle partir en guerre au Mali ? (27 janvier 2013)
Edité par csv, le 15/01/14 à 14:00

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