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26/03/2019 n 04:38
INTERNATIONALn Article n°216.1 n 10/04/14 n 11:01 n Editeur : csv
avril 2014 - Royaume Uni - Etats-unis
Une fondation pour soutenir les lanceurs d'alerte


Dans un article paru dans Le Monde du 2 avril 2014, Yves Eude, grand reporter, présente la fondation "Courage" destinée à aider et protéger les lanceurs d'alerte dans le monde qui prennent de gros risques pour faire sortir au grand jour des mensonges de leurs supérieurs et des agissements illégaux. Cette année, elle se réunissait à Oxford :

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Le bâtiment du club des étudiants d'Oxford


"Cette année, les militants ont choisi Oxford Union pour organiser leur cérémonie de remise du prix Sam Adams (du nom d’un lanceur d’alerte de la CIA à l’époque de la guerre du Vietnam), qu’ils décernent chaque année à une personnalité « ayant fait preuve de courage, de persévérance et d’amour de la vérité ».

The Oxford Union, le prestigieux club des étudiants de l’université d’Oxford, occupe un joli bâtiment historique, en bordure du campus. En cette fin février, il accueille pour une série d’événements un groupe unique en son genre : des anciens militaires, diplomates et agents secrets américains et britanniques, qui ont radicalement changé de vie, pour devenir militants pacifistes et apôtres de la transparence des Etats.

Certains se sont lancés dans cette aventure après avoir pris une retraite anticipée, comme Ray McGovern et Elizabeth Murray, ex-agents de la CIA, Ann Wright, colonelle de l’US Army qui démissionna pour protester contre la guerre en Irak, Todd Pierce, officier devenu avocat pour assurer la défense de prisonniers de Guantanamo, ou William Binney, mathématicien qui quitta la NSA après avoir tenté en vain de corriger les premières dérives de l’agence en matière de surveillance de masse.

D’autres militants présents à Oxford ont une histoire plus douloureuse, ce sont des « lanceurs d’alerte ». Alors qu’ils travaillaient pour l’Etat, ils ont dévoilé des agissements illégaux de leurs supérieurs, ou dénoncé des mensonges officiels. Qualifiés de traîtres, licenciés, traînés dans la boue par les médias, ces fonctionnaires ont ensuite subi des calvaires judiciaires dont ils sont sortis ruinés et épuisés.

Parmi eux, l’ancien ambassadeur britannique Craig Murray révéla en 2004 que les services secrets occidentaux avaient transféré des hommes soupçonnés de terrorisme en Ouzbékistan, où ils furent torturés. Annie Machon, ex-agente du contre-espionnage britannique, avait dénoncé dans les années 1990 une opération consistant à financer des islamistes libyens pour qu’ils assassinent le colonel Kadhafi.


PROGRAMME DE SURVEILLANCE PLANÉTAIRE

Le groupe des lanceurs d’alerte comprend aussi deux Américains, venus en Angleterre la même semaine, pour rencontrer leurs compagnons de lutte et donner des conférences à Londres : Thomas Drake, ancien haut dirigeant de la NSA, qui dénonça en 2006 la création d’un nouveau système de surveillance de masse intrusif, inefficace et très coûteux ; et Jesselyn Radack, ex-employée du département de la justice à Washington, qui révéla en 2002 qu’un taliban de nationalité américaine, capturé en Afghanistan, avait été interrogé illégalement par le FBI, et avait subi des mauvais traitements.

Cette année, les militants ont choisi Oxford Union pour organiser leur cérémonie de remise du prix Sam Adams (du nom d’un lanceur d’alerte de la CIA à l’époque de la guerre du Vietnam), qu’ils décernent chaque année à une personnalité « ayant fait preuve de courage, de persévérance et d’amour de la vérité ».

La lauréate 2014 est Chelsea Manning, autrefois Bradley Manning, le soldat américain qui purge une peine de trente-cinq ans de prison pour avoir livré des documents secrets à WikiLeaks.

En 2010, ils avaient décerné leur prix à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, et, en octobre 2013, ils ont fait le voyage jusqu’à Moscou pour le remettre à Edward Snowden, l’ex-consultant de la NSA réfugié en Russie après avoir révélé le programme de surveillance planétaire de l’agence de renseignement américaine.

Les vétérans ne se contentent pas d’honorer leurs jeunes successeurs, ils tentent de mettre en place une structure permanente pour les aider concrètement. A Oxford, Annie Machon, aujourd’hui écrivaine et conférencière, installée à Düsseldorf, a annoncé la création de la « Fondation Courage », qui a pour mission de leur trouver des bons avocats et de payer leurs frais de justice. Elle en assurera la direction et sera aidée par le reste du groupe pour collecter des fonds et recruter des militants.


« ACCUSÉ D’AVOIR TRAHI SON PAYS, ON DEVIENT RADIOACTIF »

Dans un premier temps, elle concentrera son action sur les lanceurs d’alerte issus du monde du renseignement : « Contrairement aux employés du privé, ou des autres administrations, ils sont systématiquement traînés en justice. En plus, quand ils se retrouvent au chômage, personne n’ose les embaucher : dès qu’on est accusé d’avoir trahi son pays, on devient radioactif. » A terme, elle compte aussi fournir d’autres formes d’aide : « Ils perdent souvent leurs amis, et parfois leur famille, ce qui aggrave leur stress. Nous les ferons prendre en charge par des psychologues, et nous créerons des groupes de soutien pour les familles. »

Par ailleurs, elle espère que l’existence de la Fondation encouragera des lanceurs d’alerte potentiels qui hésitent à franchir le pas : « Ils sauront que, s’ils sont démasqués, ils ne se retrouveront pas tout seuls, nous serons là pour les soutenir. Cela leur donnera la force de passer à l’acte. » En privé, les militants se disent persuadés qu’Edward Snowden va bientôt faire des émules au sein des services secrets occidentaux.

Avant même d’être opérationnelle, la Fondation Courage a déjà reçu près de 100 000 dollars (72 000 euros) provenant de donateurs de divers pays, qui tiennent à rester anonymes. Ils seront consacrés à la défense d’Edward Snowden, qui, pour le moment, est représenté bénévolement aux Etats-Unis par Jesselyn Radack, devenue avocate pour l’ONG américaine Government Accountability Project : « C’est un travail à plein temps. Il faut préparer le renouvellement de son droit d’asile, mener des recherches sur les lois qui pourraient être utilisées contre lui, et aussi étudier les moyens de porter plainte contre le gouvernement dans cette affaire. » Ce n’est qu’un début : « Si Edward Snowden est un jour jugé aux Etats-Unis, sa défense coûtera des millions de dollars. »

Au fil du temps, les lanceurs d’alerte se sont rapprochés naturellement des hackeurs et des militants libertaires qui forment l’entourage de WikiLeaks et d’Edward Snowden. Puis, récemment, ils ont ouvert ensemble un second front, sur Internet, champ de bataille prioritaire. Les hackeurs possèdent déjà des systèmes complexes, permettant d’utiliser les réseaux informatiques sans laisser de trace. Selon eux, si l’on rend ces outils plus faciles à utiliser pour les non-initiés, les futurs lanceurs d’alerte pourront s’en servir pour envoyer des documents tout en restant anonymes, et échapper aux poursuites.


BROUILLER LES PISTES

L’alliance entre les deux groupes est parfois étroite. Annie Machon partage sa vie avec le Net-entrepreneur et hackeur néerlandais Arjen Kamphuis, qui participe à un groupe de travail incluant l’association des hackeurs allemands Chaos Computer Club, le prestataire Internet alternatif néerlandais XS4ALL et des experts indépendants de divers pays. Tous travaillent à l’amélioration d’une suite logicielle appelée The Amnesic Incognito Live System (Tails), qui permet de sécuriser un ordinateur très rapidement.

Dans sa nouvelle version, Tails nécessite très peu d’apprentissage, et tient sur une clé USB : il peut donc être utilisé n’importe où, en toutes circonstances. Un ordinateur fonctionnant avec Tails effectue toutes les tâches habituelles, à ceci près qu’il ne se souviendra de rien : « Quand vous éteignez l’ordinateur, explique Arjen Kamphuis, toute trace de ce que vous avez fait disparaît. »

Pour les connexions Internet, Tails se branche directement sur TOR, réseau crypté et anonyme créé par une équipe américaine, dont les serveurs sont éparpillés dans le monde entier, afin de brouiller les pistes. Lorsqu’un document est téléchargé, il est dépouillé des informations indiquant son origine, puis stocké sur la clé USB, où tout est crypté. Quand on retire la clé USB, l’ordinateur redevient une machine ordinaire.

Les hackeurs souhaitent équiper en priorité les lanceurs d’alerte et les militants des droits de l’homme, ainsi que leurs correspondants, c’est-à-dire les journalistes. « En 2014, un journaliste qui ne sécurise pas ses communications est un irresponsable, affirme Arjen Kamphuis, il se met en danger, et il met ses sources en danger. »


FORMER DES AVOCATS LONDONIENS

Pour faire connaître leur système, les hackeurs se sont rapprochés d’institutions établies, comme le Centre for Investigative Journalism (CIJ) de Londres, dirigé par le journaliste américain Gavin MacFadyen, engagé de longue date dans la défense des lanceurs d’alerte. Depuis quelques mois, le CIJ organise des stages de formation à la sécurisation des communications, parfois avec l’aide de hackeurs étrangers, quand ils sont de passage à Londres : « Cela représente presque le tiers de notre activité », explique Gavin MacFadyen.

« Ici, l’affaire Snowden a changé les mentalités dans les médias. » Il va aussi former des avocats londoniens : « Ils ont enfin admis que, malgré toutes les protections juridiques, leurs communications ne sont pas à l’abri. »

Ailleurs, d’autres équipes travaillent au même objectif. L’association italienne Hermes, qui milite pour « la transparence et les droits de l’homme numériques », a lancé un programme baptisé GlobaLeaks, géré par des informaticiens milanais. En 2013, GlobaLeaks s’est associé à une quinzaine de médias des Pays-Bas, dont le quotidien De Volkskrant et la chaîne de télévision NOS néerlandais, pour monter à Amsterdam un site sécurisé baptisé PubLeaks, qui utilise notamment Tails.

En se connectant sur PubLeaks via TOR, un lanceur d’alerte peut envoyer des documents aux journalistes de son choix, puis dialoguer avec eux, tout en restant anonyme et intraçable. Dès les premières semaines, PubLeaks a permis de révéler plusieurs scandales importants. Attirés par ce succès, une trentaine d’autres médias nééerlandais ont décidé de le rejoindre, en partageant les frais de fonctionnement. Arjen Kamphuis est persuadé que Tails aura un bel avenir, à certaines conditions : « Les différentes équipes devront apprendre à mieux se coordonner, pour éviter les doublons, et pour adopter des normes communes. »

Pour leur dernier soir à Oxford, les lanceurs d’alerte ont participé à un débat haut en couleur opposant deux équipes, devant des centaines d’étudiants, sur le thème : « Edward Snowden est-il un héros ? » A l’issue de la séance, la majorité des étudiants a voté oui.

Yves Eudes (Oxford (Royaume-Uni),
envoyé spécial), Grand reporter




Article recensé par "Résistance-Inventerre"


Edité par csv, le 12/04/14 à 15:56

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