Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
24/04/2019 n 02:24
INTERNATIONALn Article n°4.1 n 10/03/08 n 13:13 n Editeur : csv
Palestiniens et Israéliens face au défi de la violence
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Un choix décisif

Les autorités du Hamas ont proposé un cessez-le-feu, si Israël mettait un terme au blocus de Gaza. Mais Israël affirme vouloir poursuivre ses raids militaires sur Gaza tant que le Hamas poursuivra ses tirs de roquettes. Chacun reste dans sa logique qui est la logique de la violence. Une logique de mort. Et chacun dira qu’il n’a pas d’autre choix. Que ce choix lui est imposé par le choix de l’autre. C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux.
Le délaissement unilatéral de la violence de la part des Palestiniens n’apparaîtrait pas comme un acte de faiblesse, mais comme un acte de force. Reconnu comme tel, il prendrait complètement à contre-pied l’État d’Israël dont la puissance militaire, qui constitue toute sa force dans un affrontement violent, deviendrait inutile. Cela aurait également l’avantage de permettre aux réseaux israéliens et juifs de militant(e)s pour la paix d’étendre largement leur audience au sein de la société civile d’Israël et dans le monde. Cela pourrait s’avérer décisif. Car la violence israélienne est aussi un processus suicidaire. Au demeurant, les Israéliens et les juifs qui, attachés à la réalité d’Israël, n’en sont pas moins révoltés contre les crimes et les destructions dont l’État d’Israël se rend coupable, ne devraient-ils pas adopter eux-mêmes une stratégie non-violente pour combattre la colonisation de la Palestine ?

Une force civile d’intervention

En outre, le renoncement des Palestiniens à la violence permettrait le déploiement d’une force d’intervention civile de paix, dont le projet fut l’objet de la campagne organisée par le MAN en 2005 en partenariat avec plusieurs ONG européennes, palestiniennes et israéliennes. Cette force serait composée de volontaires internationaux sans armes, ayant reçu une formation à la résolution non-violente des conflits, qui auraient pour mission de mener, au sein des populations civiles, des actions d’observation, d’interposition et de médiation de proximité, afin de permettre aux acteurs de paix palestiniens et israéliens de se réapproprier les enjeux du conflit aujourd’hui confisqués par la logique de la violence et de créer les conditions d’une résolution politique du conflit acceptable par les deux parties en présence. Il s’agirait de déployer sur le terrain des dizaines, des centaines, des milliers de diplomates de proximité dont la présence désarmée au sein des sociétés civiles aurait pour première finalité de faire reculer les peurs et de faire baisser le sentiment d’insécurité et de créer des mesures de confiance entre les acteurs du conflit.

Débattre avec les palestiniens

J’entends déjà tous ceux qui se récrieront en me reprochant d’avoir l’outrecuidance de donner une leçon de morale à un peuple opprimé. Qu’ils se rassurent, je tiens pour intangible le principe selon lequel c’est aux Palestiniens, et à eux seuls, de décider des moyens de résistance qui leur semblent les plus appropriés. Eux seuls, au demeurant, paieront le prix qu’il faudra payer. Mais l’idée que je me fais de la solidarité n’interdit ni le dialogue, ni le partage, ni le débat, ni même, le cas échéant, le désaccord. Je pense que cela fait partie intégrante d’une solidarité fraternelle.
La violence, dira-t-on, les Palestiniens n’en font pas le choix ; ils y sont contraints par la situation qui leur est imposée par l’agression de l’ennemi sioniste et la complicité de la communauté internationale. Mais croire cela n’est-ce pas laisser penser que les Palestiniens sont enfermés dans un destin tragique qui les condamnerait à être soit des martyrs soit des meurtriers ? Croire cela n’est-ce pas leur dénier toute autonomie de pensée et d’action ? Refuser de débattre avec eux du choix des armes, n’est-ce pas en réalité nier l’autonomie qu’on prétend leur reconnaître ? N’est-ce pas les déposséder de la responsabilité d’être capables d’analyse et de décision ? Vouloir débattre avec eux, n’est-ce pas miser sur leur capacité d’autonomie, sur leur liberté de décision, en fin de compte sur leur dignité ? Reconnaître la responsabilité palestinienne dans la tragédie de la violence, ce n’est pas minimiser la responsabilité israélienne. L’une et l’autre n’obéissent pas au principe des vases communicants.

L’indifférence de l’opinion publique se nourrit précisément de la violence palestinienne

Non, je ne donne pas une leçon de morale, je tente de discerner une analyse politique qui implique un choix stratégique. Non pas que le questionnement moral soit hors de propos dans ce débat – il est en définitive essentiel -, mais, présentement, ce n’est pas sur ce registre que j’entends me situer. Depuis des années et des années, la violence palestinienne pollue la cause palestinienne aux yeux de l’opinion publique internationale. Les militants pro-palestiniens s’indignent de l’indifférence de la communauté internationale sans comprendre que, pour une large part, cette indifférence se nourrit précisément de la violence palestinienne. L’idée prévaut au sein de la majorité silencieuse qu’« il faut bien qu’Israël se défende ». Cette idée, dont il faut au demeurant, que cela nous plaise ou non, reconnaître la part de vérité, agit sur l’opinion publique comme un chloroforme. On peut certainement le regretter, mais on ne peut pas le nier.

Violence et non-violence sont incompatibles

Le choix politique de renoncer à la violence analysé ici n’est pas inspiré par le choix de la non-violence. Il est dicté par une analyse politique qui s’efforce de prendre en compte la réalité de la situation. Pour autant, ce renoncement à la violence devrait être tout sauf un renoncement à la résistance. Au demeurant, il ne s’agit pas de renoncer au droit à la violence, mais de renoncer à l’exercice de ce droit. Au nom du réalisme politique. Et c’est ici que se pose la question d’une stratégie de l’action non-violente comme alternative à la violence. Nous savons que des Palestiniens, depuis plusieurs années, réfléchissent sur la non-violence. Mais, même parmi eux, prévaut souvent l’idée que le choix de la non-violence ne saurait impliquer une critique radicale du choix de la violence. Ils s’en tiennent le plus souvent à l’idée que la nécessité de résister aux injustices qu’ils subissent du fait de l’occupation israélienne donne aux Palestiniens le droit de recourir à la violence. Même si eux-mêmes choissent l’action non-violente, ils acceptent le principe de la « diversité des tactiques » - ou de la « pluralité des tactiques » - selon lequel il conviendrait de concilier dans une même lutte des actions violentes et des actions non-violentes. Ainsi, pour beaucoup d’entre eux, la non-violence peut aller de pair à tout moment avec la violence. Dès lors, ils ne proposent pas le renoncement à la violence comme un principe politique. J’ai suffisamment d’amitié pour eux pour leur dire que ce positionnement n’est pas tenable. Si la complémentarité entre la violence et la non-violence a uns sens du point de vue de la violence, elle n’en a pas du point de vue de la non-violence. Pour autant qu’ils considèrent la non-violence comme un complément à la violence ils se situent encore dans la logique de la violence

Déconstruire cette culture de violence

Ceci étant, je comprends la difficulté dans laquelle ils se trouvent. Ils n’osent pas affirmer le choix du renoncement à la violence parce qu’ils ont conscience qu’une telle affirmation les rendrait suspects, aux yeux de beaucoup des leurs, d’être traîtres à la résistance palestinienne. Et c’est vrai que d‘aucuns les accuseraient de faire le jeu des sionistes. Il faut ici prendre en compte le fait que, toutes ces dernières années, s’est développée une véritable « culture de violence » au sein du peuple palestinien. Le recours à la violence appartient à son imaginaire. Il est devenu fondateur de son identité nationale. L’extrême tragique de la situation est que cette culture est en réalité une « culture de mort ». Cette « culture de mort » se fonde tout particulièrement sur le « culte des martyrs ». La tâche, mais elle est gigantesque, est donc de déconstruire cette culture de violence et de construire une culture de non-violence.
Dans l’idéal, le renoncement à la violence devrait s’accompagner du choix de la stratégie de la résistance non-violente. Est-ce possible ? Rien n’est moins sûr dans les circonstances présentes. Probablement que cela est même impossible aujourd’hui en tant que stratégie globale mise en œuvre sur l’ensemble du territoire palestinien. Impossible non pas en soi, mais en fait. Cependant, l’action non-violente remarquable menée par les habitants de Bil’in constitue un réel espoir.

Intifada : le choix de la non-violence n’a jamais été mis en avant

Il a souvent été dit que la première Intifada, commencée en 1987 et qui a duré plus de quatre ans et demi, a été non-violente. Ce qui, en toute rigueur, est inexact. Certes, le Comité exécutif de l’OLP a décidé d’interdire l’usage des armes à feu et cette décision a constitué un événement dont l’importance doit être soulignée. Par ailleurs, de nombreuses actions non-violentes ont été mises en œuvre (désobéissances civiles, boycotts, institutions parallèles…). Mais le choix de la non-violence n’a jamais été mis en avant. Le symbole de la première Intifada a été le lancement de pierres. Celui-ci n’était pas un symbole de non-violence, mais très exactement un symbole de violence. De telle sorte que la résistance palestinienne n’a pas bénéficié de l’impact qui aurait été celui d’une résistance non-violente. Un ami palestinien m’a dit : « Si nous avions été non-violents pendant la première Intifada, nous l’aurions été également pendant la seconde. » J’ai trouvé ses propos inspirés par une grande sagesse.

Chaîne humaine et tir de roquettes

Les événements qui se sont déroulés à Gaza le 25 février sont particulièrement signifiants. Une chaîne humaine s’est formée du Nord au Sud de la bande de Gaza sur près de 40 kilomètres. Les manifestants étaient pour la plupart des écoliers. Cette manifestation a été organisée par le Comité populaire contre le siège de Gaza, dirigé par le député Jamal Al-Khoudari. Celui-ci a déclaré : « Il s’agit d’une activité pacifique et civilisée qui permet aux gens d’exprimer leur rejet du siège et de la punition collective. Nous poussons un cri d’alarme pour que le monde réagisse. » Selon l’AFP, « l’armée et la police israéliennes se tenaient prêtes pour faire face à tout débordement à la frontière, laissant entendre qu’elles n’hésiteraient pas à tirer des balles réelles en dernier recours. » Selon la formule consacrée, « il n’y a pas eu d’incident notable ». Cependant, au moment de la dispersion de la manifestation, quelques jeunes Palestiniens ont jeté des pierres aux soldats israéliens au point de passage d’Erez. C’est ce genre de débordement qui peut suffire à faire dégénérer une manifestation pacifique. Il faut encore noter qu’au début de la manifestation deux roquettes ont été tirées du Nord de la bande de Gaza en direction du territoire israélien. Mais n’y a-t-il pas une contradiction irréductible entre l’organisation d’une chaîne humaine, qui est le type même de l’action non-violente, et le tir de roquettes ? Comment prétendre que le « message » envoyé par la première action est complémentaire du « message » lancé par la seconde ? Certes, les dirigeants du Hamas ont déclaré que ces tirs étaient une riposte aux tirs de missiles israéliens qui avaient tué trois Palestiniens dans la nuit du 24 au 25 février. C’est précisément cet engrenage meurtrier qui fait perdre la paix à chacun des deux camps.

Un discours difficilement audible

Le 27 février, j’ai reçu un courriel de Ziad Medoukh, fondateur et coordinateur du Centre de la paix de l’université Al-Aqsa de Gaza dans lequel il m’écrivait : « Il y a beaucoup de manifestations pacifiques contre le blocus organisées par des organisations de la société civile. Nous savons que la non-violence pourrait jouer un rôle beaucoup apprécié. » Il nous faut accueillir ce signe d’espérance.
J’ai bien conscience que ce discours sur le renoncement à la violence est difficilement audible pour un grand nombre des militants pro-palestiniens français. Et, pourtant, plus je réfléchis, plus je suis convaincu que seule la décision palestinienne de renoncer unilatéralement à la violence est capable, à terme, de changer la donne en Palestine. Sinon, la situation risque d’empirer chaque jour davantage, Et cela, en dépit des gesticulations diplomatiques actuelles. Sinon, nous continuerons d’assister, impuissants et scandalisés, à la montée aux extrêmes de la violence.

Des revendications hors de portée

Les revendications mises en avant par la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine sont toutes justifiées en théorie :
- Le retrait des Territoires palestiniens et la création d’un État palestinien viable dans les « frontières » de 1967 ;
- Le démantèlement du mur ;
- Le démantèlement des colonies de peuplement, le rétablissement de la liberté de circulation des personnes et des biens dans les Territoires palestiniens occupés ;
- La reconnaissance de Jérusalem-est comme capitale du futur État palestinien ;
- La reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens ;
- La libération des prisonniers politiques palestiniens détenus de façon illégale.

Mais j’ai très peur que ces revendications, aujourd’hui et probablement demain, soient hors de portée. Il faut avoir la lucidité de reconnaître qu’au regard de la situation qui, dans chacun des deux camps, prévaut sur le terrain et surtout dans les mentalités, ces exigences sont irréalistes. Aujourd’hui, selon toute probabilité, elles relèvent d’une vision idéaliste de la réalité. Continuer à les mettre en avant, comme cela se fait depuis des années, ne changera strictement rien à la réalité. C’est pourquoi, au demeurant, de nombreux observateurs pensent que la situation réelle rend de plus en plus impossible la création d’un État palestinien viable. C’est pourquoi, des Palestiniens de plus en plus nombreux réfléchissent sérieusement à la création d’un seul État bi-national démocratique et laïc. Le malheur, c’est que ce projet est certainement également hors de portée. Je lisais l’autre jour un dialogue, au demeurant fort courtois, entre deux personnalités palestiniennes qui avaient sur cette question des avis opposés. Ce qui m’a frappé, c’est que les arguments de l’un pour récuser le point de vue de l’autre étaient infiniment plus convaincants que ceux qu’ils s’efforçaient de faire valoir pour justifier leur propre point de vue.

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Edité par csv, le 10/03/08 à 19:27

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