Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
23/04/2019 n 14:14
INTERNATIONALn Article n°344.1 n 20:08 n 13/12/18 n Editeur : csv
13 décembre 2018 - Congo Kinshasa
Témoignage sur les enfants des rues à Kinshasa


Ida Kuyondukai, congolaise, a passé 5 ans à travailler comme éducatrice avec les enfants des rues de Kinshasa avant de passer 5 autres années au Bénin avec les enfants esclaves.

Elle a rejoint la France depuis quelques années puis Rodez où elle a intégré l'équipe du MAN, proche de ses valeurs de lutte contre la violence et de recherche de solutions face à celle-ci. Elle a partagé son expérience le 22 novembre :


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Comment cette situation s'est-elle développée ?

- Le phénomène des enfants de rue s'aggrave au Congo-Kinshasa : en 2003, on comptait 2000 enfants des rues dans la capitale à Kinshasa. Aujourd'hui on en compte 20 000 ! cette situation s'est maintenant élargie aux vingt plus grandes villes du pays.

- Traditionnellement, chez nous, il n'y avait pas d'enfants dans les rues. L'enfant appartenait à la famille, au clan, à la collectivité. Il était vu comme la prospérité et comme un relais pour l’avenir...

- On date l'apparition de ce phénomène aux années 1990. Le pays est en crise économique, Mobutu, affaibli proclame le « multipartisme ». Le chômage se développe. L'homme qui traditionnellement était le moteur qui apportait l'argent à la famille ne sait plus quoi faire de ses enfants.

- En 1994, le génocide des Tutsis par les Hutus dans le Rwanda voisin (frontière est) s'exporte au Congo sur fond de pillage de ses extraordinaires richesses minières. La guerre s'exporte sur le sol congolais avec son cortège de vols, de pillages, d'assassinats et de viols...

- D'autres pays de la « frontière est » (Angola…) se joignent à ce pillage alors que le peu d’État qui existe au Congo est surtout situé à l'ouest autour de Kinshasa.

- L'argent d’État disponible va servir à acheter des armes contre les « rebelles » et non plus au développement.

- En 1996, Mobutu est chassé et remplacé par Laurent-Désiré Kabila. Les enfants soldats (kadogas) enrôlés dans l'armée sont chassés de l’armée et se retrouvent eux aussi dans la rue…

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Les enfants des rues

- Ces enfants ont de 5 à 20 ans. Ils vivent en bandes, par quartier ou portion de terrains (ronds-points, cimetières…), dans un climat de violence qu’ils subissent ou reproduisent entre eux.

- En ce qui concerne les enfants-soldats, ils ont connu la guerre. Ce sont souvent eux qu’on envoyait au front en première ligne…

- Ils dorment à la belle étoile et volent pour manger. S’ils sont pris, ils sont frappés.

- La plupart sont orphelins. Avant la famille assumait et se partageait la garde de ces enfants.

- Les églises dites « de réveil » sont en pleine expansion. Elles les accueillent mais mal. Elle leur promet la prospérité mais ils sont soumis à toutes sortes de rites, sont mal nourris, mal soignés et frappés car ils sont vus comme des enfants maudits ou sorciers.

- Beaucoup finissent par fuir et se retrouvent dan la rue. La société ne s’occupe pas d’eux et les gens en ont peur.

- Les garçons sont souvent dans la drogue « pour oublier » et à errer la nuit dans la ville. Les filles sont souvent amenées à se mettre au service de filles plus âgées et à se prostituer. Elles peuvent être abusées par des membres du gouvernement, de la police ou de l’armée. Certaines peuvent avoir elles-mêmes des enfants dans la rue…

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Notre action

- C’est impossible d’aller les voir seul, encore plus pour une femme.

- On y est allé au début à plusieurs. Ils nous racontaient leurs histoires…

- J’ai commencé par proposer un peu d’alphabétisation. J’allais les voir chaque soir.

- Un projet de centre a vu le jour qui a été financé par des fonds de l’église catholique d’Italie. On a pu ouvrir avec 45 places. Puis on a ouvert des ateliers professionnels pour leur enseigner un métier. Dans le centre, il y avait une ambiance un peu familiale. J’étais la seule femme parmi les encadrants : j’étais chargé de la cuisine et de la médiation avec les familles : lorsque ceux-ci en avaient ou avaient été vendus. J’allais les voir. Je n’étais pas toujours bien accueillie…

- Ces enfants ne sont pas la priorité de l’État. La priorité, ce sont les achats d’armes.

- Notre centre a été financé par l’ONU, l’UNICEF, la Croix rouge… mais ces grosses institutions ont des plannings et des objectifs à tenir : il faut tant d’enfant réinsérés en six mois… On y travaille mais ce sont des périodes beaucoup trop courtes pour faire un travail de fond. Si on les « réinsère » trop tôt, les vraies causes demeurent et ils se retrouvent vite à nouveau dans la rue…

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La situation du Congo

- Le Congo est un pays qui déborde de richesses naturelles mais où sévit une extrême pauvreté. La forêt équatoriale couvre une large part du territoire. Le fleuve Congo qui traverse le pays est très poissonneux. Les minerais sont variés et très abondants : pétrole, diamants, coltan, terres rares. On en découvre tous les jours… mais la population n’en profite pas.

- Il n’y a presque plus de classe moyenne. On est ou très pauvre ou très riche. La corruption est omniprésente. Beaucoup d’argent est détourné. Le taux de scolarisation est passé en une génération de 70% à 30 %... les enfants sont entièrement à la charge de familles qui parfois n’y arrivent plus…

- Beaucoup de groupes rebelles venus des pays de l’est du Congo, financés par les multinationales : ils s’accaparent toutes nos richesses sur fond de grande violence. La colonisation se poursuit par d'autre moyens…

- Dans ce contexte, il n’y a pas d’avenir. Pour des jeunes, aller en Europe, ce serait le paradis, le rêve…

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Que faire ?

Notre pays est riche mais il n’y a pas d’infrastructures entretenues : routes, eau, électricité. On a bien développé Internet et le téléphone portable. On aurait pu faire de même avec les moyens de base…

Ce n’est pas simple d’instaurer la démocratie… Il serait bien qu’il y ait une prise de conscience. Il faudrait former des gens. Ce sont souvent des groupes de femmes qui se prennent en mains. Commencer des actions avec des familles permettrait de baisser l’accès des enfants vers la rue…

Edité par csv, le 13/12/18 à 21:26

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