Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
27/04/2017 n 09:12
INTERNATIONALn Article n°308.1 n 18:16 n 14/04/17 n Editeur : csv
15 avril 2017 - Liban
Disparition du libanais Samir Frangié


Le libanais Samir Frangieh, est mort le 11 avril 2017. Homme politique et homme de paix, il est l'auteur du livre : "Voyage au bout de la violence" (Actes Sud, 2011). Il est considéré comme l'inspirateur de la "révolution du cèdre" qui a mis fin sans violence à la présence syrienne au Liban après l’assassinat de Rafic Hariri en 2005.

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Quelques échos de presse :

Libération : "Samir Frangié, disparition d’un seigneur " par Jean-Pierre Perrin

L’intellectuel, journaliste et homme de gauche libanais, est mort mardi. Eternel opposant au régime syrien, il prônait la transparence, les droits des femmes, l’égalité et les libertés. Il fut un infatigable partisan de la non-violence.

Sa légendaire modestie, qu’il a dû emporter avec lui au ciel des gentlemen, dusse-t-elle en souffrir, Samir Frangié était bien plus qu’un honnête homme : il était la pureté du diamant. Comme député ou comme journaliste, par temps de guerre ou de paix, dans la victoire ou la défaite, même au risque de la plus grande solitude, il n’a jamais failli. Il a défendu la cause de la paix, du pardon et du vivre ensemble, et l’a fait coûte que coûte. Il a été aussi l’apôtre de la liberté, défiant l’oppresseur syrien à un moment où celui-ci exultait d’un orgueil aussi bête que méchant. Ses amis ont craint pour sa vie, d’autant que nombre d’entre eux sont tombés sous les coups des tueurs à la solde de Damas ou de Téhéran - il se contentait de changer d’appartement quand les menaces se dessinaient - mais c’est la maladie, affrontée pendant de longues années avec le même courage qu’il montrait dans l’arène publique, qui aura eu raison de lui. Il avait 71 ans.

Samir Frangié était un bey, c’est-à-dire un seigneur féodal. Mais c’était un bey rouge, un seigneur de gauche, ce qui, pendant la guerre civile (1975-1989), valait trahison dans les milieux de la droite maronite aux côtés desquels ce fervent chrétien aurait dû se ranger. Issu d’une prestigieuse famille - son père fut l’un des pères de l’indépendance du Liban -, il était originaire du casa («district») de Zghorta, dans le nord, la quintessence de la société clanique traditionnelle, tristement célèbre pour une vendetta perpétrée dans une église, le 16 juin 1957, qui fit 22 morts, dont cinq dans le clan Frangié. Là encore, le bey fut en rupture totale avec cette culture de la violence, qu’il n’aura de cesse, avec les siens, de traverser, comme il l’écrira dans son essai Voyage au bout de la violence (Actes Sud, 2011). L’ouvrage s’inscrit dans la lignée des figures de la non-violence, Gandhi, Martin Luther King et Mandela. Il s’inspire aussi de la lecture de l’ouvrage Des choses cachées depuis la fondation du monde de René Girard, dont il fut un des disciples. Enfin, le seigneur des terres du nord n’avait d’attirance que pour la citadinité, lieu de toutes les rencontres, en particulier la belle Beyrouth, même après que la guerre et la paix l’eurent défigurée.

Pendant la guerre civile, il jouera un rôle de médiateur entre les différents belligérants et sera le précurseur d’un dialogue permettant leur rapprochement. Il aura un rôle de premier plan dans la négociation des accords de Taëf qui mirent fin à la guerre civile. Il sera aussi le défenseur des peuples arabes opprimés, à commencer par les Palestiniens.

Hafez et Bachar al-Assad ayant mis en coupe réglée le Liban, Samir Bey commença à réveiller les consciences. Après l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, il fut le cerveau d’un vaste mouvement populaire qui, par la non-violence, chassa la soldatesque syrienne et fut rapidement baptisé «l’Intifada de l’indépendance». «Nous l’avons emprunté au titre de la première page de Libération consacré à notre combat», nous confia-t-il, avec ce sourire malicieux que jamais l’adversité ni la maladie ne lui firent perdre. Longtemps éditorialiste, écrivant en arabe et en français, Samir Bey collabora à plusieurs titres de la presse française, dont Libération. Député de Zghorta le temps d’un mandat, il resta la conscience du mouvement du 14 mars, qui rassemble les organisations hostiles au Hezbollah et aux partis prosyriens, tout en restant en marge de leurs incessantes magouilles pour le pouvoir. « Il était un adversaire féroce de l’hégémonie irano-syrienne sur le Liban, non pas au nom d’un quelconque irrédentisme partisan ou d’une haine viscérale à l’égard des dirigeants de Téhéran et de Damas, mais uniquement au nom du vivre ensemble au Liban que la stratégie hégémonique de ces deux capitales déstabilise et met en danger», souligne son ami, le philosophe Antoine Courban qui parle aussi de lui comme «une fourmi travailleuse de la non-violence et du vivre ensemble».

Le Monde : "L'intellectuel Samir Frangié est mort" :

L’intellectuel libanais Samir Frangié est mort mardi 11 avril à Beyrouth d’un cancer, à l’âge de 71 ans. Ancien journaliste, ex-député, ce penseur politique issu d’une famille de notables chrétiens du nord du Liban a tracé au long de sa vie un chemin singulier, en dehors des carcans. Homme de dialogue, il a des années durant dénoncé le confessionnalisme et la violence.

Tout à la fois esprit frondeur et voix sage, Samir Frangié a été l’un des principaux artisans de l’Intifada de 2005, ces manifestations monstres au centre de Beyrouth, après l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, pour réclamer la fin de l’occupation syrienne du Liban. Les troupes de Damas se retirent. Mais une nouvelle onde de violence secoue le pays, avec l’assassinat de personnalités anti-syriennes. Le mouvement dit du « 14 mars », que Samir Frangié animera, s’essoufflera par la suite."


Le Figaro : "l'apôtre du vivre ensemble au Liban" :

La guerre civile terminée en 1990 - mais loin d'être encore cicatrisée -, Samir Frangié milita ensuite inlassablement pour la réconciliation entre communautés libanaises. Et durant le conflit qui ensanglanta pendant quinze ans le pays du Cèdre, cet humaniste s'opposa aux milices et aux partis chrétiens de son camp. Il œuvra à plusieurs reprises au rapprochement des belligérants, notamment entre le chef druze Walid Joumblatt et le chrétien Bachir Gemayel. Avant de jouer un rôle actif dans la rédaction de l'accord de Taëf, qui mit fin à la guerre civile.

De sa voix douce, il assénait ses convictions, fondées sur le dialogue, et rassemblées dans son «Appel de Beyrouth» lancé en 2004. «Nous pensons qu'il faut à tout prix mettre un terme à ce processus de réduction qui est à l'origine de toutes les folies: réduction de la civilisation, de la culture à la religion, de la religion à la politique et de la politique à l'action violente.»


iloubnan.info : "Samir Frangieh est mort" :

"Envers et contre tout, il y avait toujours de l’espoir chez Samir Frangieh. Lors d’une première rencontre au Parlement en 2006, alors que le monde croyait dur comme fer à une nouvelle plongée du Liban dans la guerre civile, il m’avait dit: “Tu sais, (il tutoyait facilement les gens), dans ‘Guerre Civile’ il y a le mot ‘Civil’. Et en fait les civils, justement, ici au Liban, en ont marre de la guerre, ils n’en veulent plus. Ils ne tomberont plus dans ce piège”.

Sur ce plan il avait bien raison : le Liban, même au plus bas, est resté jusqu’à maintenant relativement calme dans un environnement régional ou la violence a repris peu a peu ses droits. La violence, tellement inutile, et qu’il explique tellement bien dans son ouvrage “Voyage au bout de la Violence”, à lire absolument pour ceux qui ne l'ont pas déjà fait."

Lire le "Manifeste de Beyrouth" sur le site du Centre de ressource sur la Non-violence de Midi-Pyrénées


Edité par csv, le 15/04/17 à 14:37

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