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21/04/2019 n 12:40
INTERNATIONALn Article n°304.1 n 06:55 n 07/02/17 n Editeur : csv
7 février 2017 - Corée du sud
Comment les manifestations aux bougies ont renversé la
présidente de la Corée du sud


Le 9 décembre 2016, le parlement sud-coréen a voté par 234 voix contre 56, avec 7 votes nuls et 2 abstentions, la destitution (impeachment) de la présidente Park Geun-hye, élue en 2012 et qui est aussi la fille du dictateur, le général Park Chung-hee, président de la République de 1962 à 1979. Cette décision a été prise, suite à des manifestation géantes avec des bougies qui ont duré un mois et demi. Ce vaste mouvement populaire mériterait certainement d'être étudié et approfondi.

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N'étant pas experts de la Corée du sud, nous reproduisons les lignes ci-dessous qui sont extraites du journal "The Bullet, Socialist Project", du 12 décembre 2016 ; traduction sur le site "A l’Encontre" :

C’est une suite de manifestations réunissant de plus en plus de personnes, jusqu’à plusieurs millions, qui a obligé les députés à voter cette destitution. Le 3 décembre dernier, elles étaient 2,3 millions. Ce fut le tournant décisif qui bloqua la dernière tentative de la présidente d’y échapper.

Les Sud-Coréens n’étaient pas seulement en colère contre le parti du gouvernement, et de la présidente, le Parti Saenuri, mais aussi contre les partis de l’opposition qui ont oscillé, sans plan ni détermination, à chaque étape des soi-disant discours d’excuses de la présidente. Les manifestations immenses chaque week-end du mois de novembre jusqu’à la plus grande de samedi 3 décembre, ont exercé une pression de plus en plus grande sur les principaux partis, tant ceux au pouvoir que ceux de l’opposition.

Bien que les révélations des médias fussent choquantes, les manifestations ont débuté comme d’habitude: une veillée aux bougies sur la Place Cheonggye, un site historique de la protestation. Le premier week-end après les révélations de la chaîne JTBC, ce furent 30’000 personnes qui se sont réunies pour critiquer la présidente et demander sa démission.

Avec la couverture quotidienne des scandales par les médias, la colère populaire a explosé, et l’indignation que suscita le discours de Madame Park du 4 novembre a conduit 200 000 personnes à se joindre à la manifestation des bougies le 5 novembre, signalant le début des méga-manifestations.

Le 12 novembre, vit l’escalade à un million de personnes manifestant avec leurs bougies. La dimension de la mobilisation spontanée était hautement explosive, battant tous les records les week-ends suivants:

29 octobre : 30 000
5 novembre : 200 000
12 novembre : 1 000 000
19 novembre : 1 900 000
26 novembre : 1 500 000
3 décembre : 2 320 000

Le discours de Madame Park du 29 novembre provoqua la plus grande manifestation populaire dans l’histoire de la Corée du Sud. Toutefois, la réaction de l’appareil d’Etat ne fut jamais docile. La police essaya de fixer des strictes limites aux cortèges de manifestants. Elle installa des longs barrages de bus parqués pour bloquer les alentours du lieu de réunion des manifestants et n’autorisa personne à s’approcher de la Maison Bleue de la présidence.

Mais une décision de justice défia le fanatisme policier. De manière répétée, le tribunal jugea que le devoir de la police était de protéger les citoyens qui défilaient et non pas de les arrêter. C’est ainsi que chaque fois les cortèges aux bougies purent se rapprocher de plus en plus de la Maison Bleue. Le 3 décembre, le cortège s’en approcha à 100 mètres.

Pour tenter de brider les manifestations aux bougies, la police publiait des estimations sévèrement diminuées du nombre des manifestants, en déni du fait évident que c’étaient des millions. Cependant, les médias mirent en doute la méthode de calcul employée par la police et confirmèrent l’authenticité des nombres de manifestants basés sur une autre méthode, scientifique.

Face à ces manifestations géantes, les groupes réactionnaires favorables à la présidente, s’essayèrent à des contre-manifestations. Elles furent organisées le week-end mais ne réunirent jamais plus que quelques milliers de personnes. Même ces maigres rassemblements étaient remplis de personnes âgées payées pour l’occasion.

La protestation aux bougies de 2016 peut être vue comme la continuation historique du soulèvement de juin 1987 quand les étudiants et les citoyens se sont battus dans les rues durant trois semaines contre la police, remportant la victoire malgré les gaz lacrymogènes et les arrestations en masse. Le soulèvement de 1987 jeta la base pour la démocratie mais les processus ultérieurs échouèrent à approfondir cette démocratie.

Dans un sens, le gouvernement de Madame Park fut une tentative réactionnaire de faire revivre le fantôme de la dictature de son père qui développa l’économie dans les années 1960.

Les manifestations aux bougies de 2016 ont définitivement enterré les vestiges de la dictature et procurent des fondements plus solides pour la démocratie dans toutes les sphères de la société. Le récent mouvement des bougies a une fois de plus prouvé que le vrai moteur de l’histoire, c’est le pouvoir du peuple dans les rues et sur les places, et non pas la politique institutionnelle.

Les veillées à la bougie sont un phénomène relativement nouveau qui débuta comme forme de protestation en 2002 quand deux écolières furent tuées écrasées sous les chenilles d’un char d’assaut états-unien. Les manifestations aux bougies de 2002 furent un moment clé de la lutte de masses anti-impérialiste et anti-Etats-Unis.

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Les manifestations aux bougies de 2008

En 2008, juste après l’entrée en fonction du président conservateur Lee Myeongbak, des jeunes écolières ont commencé à manifester contre la récente décision du gouvernement d’importer de la viande de bœuf des Etats-Unis sans contrôles sérieux. Les manifestations aux bougies de 2008 furent différentes de celles d’avant, car les manifestants se mobilisèrent par les réseaux sociaux, en un forum virtuel où proliférèrent discussions et débats.

Les manifestations aux bougies ont démontré une nouvelle dynamique jamais vue auparavant. Tous les différents groupes, la plupart organisés via les réseaux sociaux, depuis des jeunes étudiants jusqu’aux femmes au foyer, ont rejoint les veillées et les cortèges aux bougies. Les nouveaux manifestants émergents étaient libres des vieilles règles, plus libres, plus expressifs, plus divers et plus imaginatifs. Au sein de cet environnement libre et divers, des groupes d’action plus militants sont apparus et ont mené des batailles de rues contre les brutalités policières.

Le mouvement des bougies de 2008 a mené une lutte quotidienne durant quatre mois. Son apogée fut une manifestation réunissant un million de personnes pour l’anniversaire du soulèvement du 10 juin 1987. Le 15 août 2008 eut lieu la dernière grande manifestation, mais ensuite, sous la sévère répression, la protestation aux bougies déclina en tant que mouvement.

Toutefois, les manifestants aux bougies de 2008 posèrent la question de la démocratie en brandissant comme slogan l’article 1 de la Constitution : La République de Corée est une république démocratique et son pouvoir émane du peuple. En partant de la question des importations de bœuf, les manifestations défiaient l’autoritarisme du gouvernement conservateur du président Lee Myeongbak.

En comparaison avec 2008, le mouvement récent de 2016 a une base de masse plus étendue. L’échelle des mobilisations massives a même augmenté, bien que l’intensité ou la radicalisation fussent moindres. C’est ainsi que grâce à sa détermination et à la dimension énorme de la mobilisation, les manifestations aux bougies de 2016 ont remporté une victoire décisive sur l’entièreté de l’officialité, à la différence de la défaite finale des manifestations de 2008.

En 2008, le mouvement social et les syndicats furent désarçonnés par l’émergence d’un type nouveau, différent, de manifestations et de mouvements. Par contre, en 2016, ils ne furent pas en conflit avec la base des manifestants aux bougies. Ce fut là la force essentielle des manifestations aux bougies, qui réussirent à mettre en déroute les manœuvres de division et les attaques idéologiques.

Formellement les méga-cortèges du week-end furent menés par la coalition nouvellement constituée, l’Action d’Urgence du Peuple (EPA) réunissant 1500 organisations de la société civile. Toutefois, la spontanéité submergea les secteurs organisés. Pour citer un exemple, le 30 novembre, la Confédération coréenne des syndicats (KCTU) organisa une grève générale à laquelle participèrent 200 000 travailleurs et convoqua des cortèges réunissant 100 000 personnes et une marche à travers tout le pays. En d’autres temps, cela aurait été vu comme une mobilisation immense. Mais dans le contexte des manifestations aux bougies, l’intervention du mouvement ouvrier organisé n’a eu qu’un impact relativement petit.

Les manifestations aux bougies de 2016 devinrent trop grandes pour être contrôlées. Aucun groupe, aucunes forces, ne pouvait les contrôler ou les dominer. A certains égards, c’est un exemple parfait d’intelligence collective."

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Edité par csv, le 07/02/17 à 18:15

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